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Tome I.
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XLIII
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VIE DE POLYBE. xliij

Ceur & la délicatesse du stile ; il dit lui-même en quelque endroit que ces talens ne luiparoissoient pas méprisables. Mais aiant remarqué dam les Historiens qui l’avoient pré- PoI yb.cédé, comme dans Zenon & Antisthéne, que pour s’être parez des ornemens de l’Hi- T ' 1I-stoire, ils n’avoient pas assez fait attention à l’essentiel, je veux dire à l’éxactitude & '

la vérité, il prit le contrepié de ces Ecrivains, l’éxactitude & la vérité furent son uni-que objet, & il espéra qu’à la faveur de ce beau caractère & de l'étendue de son ouvra-ge, il obtiendroit aisément grâce sur tout le reste. Mais Denys d’Halicarnasse est in-fléxible, il lui faut de l’arrangement, du nombre & de la cadence, fans quoi ce dédai-gneux Critique ne peut soutenir la lecture d’un ouvrage, & Polybe, pour ne s’êtrepas amusé à ces bagatelles, est un Auteur pitoiable.

Pour ne point disputer, convenons que l’Histoire de Polybe n’est pas fans défauts.

Je fuis même intéressé à n’en prendre pas trop vivement la défense. Les négligences deson stile serviront à justifier, chez ceux qui î’ont lû dans fa langue originale, les mo-destes libertez que je me fuis quelquefois données, pour le rendre supportable dans lanôtre. Mais ce qui lui manque est bien peu considérable , puisque dans l’antiquité , àl’exception de je ne sai quel Scylax Auteur obscur, & de Denys d’Halicarnasse, qui n’yreprend que ce qu’il aurait dû, pour son honneur, passer sous silence, il n’y a person-ne qui ne le cite avec éloge. Cicéron dit que c’est un Auteur excellent. Brutus , ce c ? ceroLecteur délicat qui trouvoit à redire dans Cicéron même, en faifoit des extraits dansses heures de loisir. Tite-Live le traite d'Ecrivain non méprisable, façon latine de louer Plutarch,qui veut dire très-estimable. Selon Velleius Paterculus, c’est un homme d’un génie ™ Bruto.

supérieur. lxxx,"

On n’a pas fait paraître pour lui moins d’estime dans ces derniers siécles, Je n’en veuxpour témoin que le nombre des traductions qui en ont été données au public. II a ététraduit en Latin, en François, en Italien, en Allemand, en Anglois, & peut-être en-core en d’autres langues.

Le premier qui le mit en Latin fut A Ticolo Perotti de Sasso-Ferrato dans la Marched’Ancone , & Archevêque de Siponte dans le Roiaume de Naples. Chargé de cetteCommission par Nicolas V. il s’en acquita , comme on devoir l’attendre d’un homme,qui entreprenant de traduire pour la première fois un Auteur difficile, ne savoit que mé-diocrement la langue de son original, & ignorait tout-à-fàit ce qu’il lui importoit surtout de ne pas ignorer, le métier de la guerre & les termes qui lui sont propres. C’é-toit avec cela l’homme du monde qui s’embarraflat le moins de son texte. Sans mettreen ligne de compte les petites libertez qu’il prend contre la pensée de son Auteur ; siPolybe & Tite-Live se rencontrent sur le même sait, & ils se rencontrent très-souvent,il laisse là sans façon Polybe, & copie Tite-Live tout du long. Malgré ces défauts,qui sont les plus grands que l’on puisse reprocher à un Traducteur, cette traduction deson tems parut si belle, que ses ennemis répandirent le bruit, qu’elle étoit d’un Au-teur très-ancien, & que Perotti, comme le geai de la fable, se faifoit honneur d’un bienqui ne lui appartenoit pas. En effet la Latinité ne s’y ressent point du tout de la re-naissance des Lettres. A peu de choses près, elle pourrait être avouée des siécles oùl’on écrivoit le plus poliment. Et ce qui autorisoit la calomnie , c’est que le Traduc-teur ne s’y reconnoît presque nulle part , tant le stile en est aisé , libre & natu-rel. En un mot le Nicolo Perotti est en Latin , ce que Nicolas Perot est en Fran-çois. , „ ,

Un savant homme de nos jours, l’aîné d’une famille, ou l’amour des Lettres & des Foìard,Sciences joint à tous les talens imaginables pour les acquérir en un haut dégré, a passé, Chanoi-sans dégénérer, du père & de la mère dans tous les enfans, a fait la comparaison de cesdeux Perots. Je la donne ici telle que je la lui ai volée. Que ne puis-je faire la même 1 mes *

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