xìh V I E D E P O L y B E.
chose de tout îe trésor littéraire qu’il renferme chez lui, & qui n’en sortira jamais \ s’iln’a des amis comme moi qui lui soient infidèles.
„ Nicolas Perot Archevêque de Siponte, & Nicolas Perot d’Ablancourt, ont eu,, entr’eux de très-grands rapports. D’abord il est singulier qu’ils aient porté l'un &„ l’autre le méme nom & le même surnom, tous deux Nicolas , & tous deux Perots.„ Leurs avantures ont été assez différentes, mais leurs traductions en ont eu de toutes„ semblables : elles surent reçues avec les mêmes applaudissemens, elles effacèrent toutes„ celles qui avoient été faites jusques là , celles de d’Ablancourt les Frartçoisesj & celle,, que l’Archevêque fit de Polybe, les Latines. Elles servirent de modèle à ceux qui„ traduisirent après eux. Vaugelas réforma sonQuinte-Curce fur celles de d’Ablancourt,„ & Ange Politien se moula sur le Polybe de l’Archevêque pour traduire Hérodien.,, Mais voici des ressemblances essentielles. Dans l'un & dans l’autre une très-grande in-„ telligence de la langue dans laquelle ils ont traduit, (ici pourtant d’Ablancourt a„ quelque avantage fur l’Archevêque, ) un même caractère d’eíprit, une même facili-„ té pour écrire, un même talent, un même génie pour la traduction, & de là une3, méme maniéré de traduire. Tout paroît original dans leurs traductions: ce qui seroit3, sans doute admirable, si en même tems le texte s’y trouvoit fidèlement représenté.„ Mais ils ont été peu fidèles l’un & l’autre, l’Archevêque pour n’avoir pas été assez„ habile, & d’Ablancourt pour avoir été trop hardi. Enfin ils n’ont su ni l’un ni l’au-,, tre prendre l’air, la manière & le ton particulier de leurs Auteurs, moins encore„ d’Ablancourt que l’Archevêque. II faut pardonner à ce dernier, qui a traduit un„ Auteur, dont l’excellence est moins dans la maniéré & dans le ton que dans les cho-,, ses. Mais on ne sauroit pardonnera d’Ablancourt, qui en a traduit dont l’exceîlen-„ ce consiste également dans les choses & dans la manière- On doit fans doute lui pas-„ fer de n’avoir pas pris le ton de Tacite. Quoiqu’en puissent dire les Lipses & les A-3, melots, ce ton ne valoit pas la peine d’être conservé ; mais celui de Thucydide en„ valoit fans doute la peine, & il ne l’a pas conservé.
Après Perotti, qui n’a mis en Latin que les cinq premiers Livres, Wolfangus Mus-culus traduisit les douze Livres suivans, ou plutôt les Fragmens qui nous restent de cesdouze Livres. II ne savoir assez ni la langue Gréque pour rendre éxactement son Au-teur , ni assez la Latine pour le rendre élégamment. Mais inférieur à Perotti pour la pu-reté , l’aisance & la légèreté du stile, il lui est supérieur de beaucoup en éxactitude &en fidélité. Je ne dirai rien de Pompilius d’Amasée, de Jean Lascaris, de Juste Lipse,de M. de Valois. Outre qu’ils n’ont traduit que quelque partie de Polybe, j'avouede bonne foi que je n’ai pas lû leurs traductions en homme qui doit en porter son juge-ment. Je ne les ai consultez, que quand j’ai été arrêté ; & quand rien ne m’a sait pei-ne, j’ai supposé qu’ils avoient été aussi heureux que moi.
Mais Casaubon a souvent attiré mes regards & mon attention. Je connoissois d’ailleursle mérite de ce savant & laborieux Ecrivain. La célébrité de son nom m’inspiroit du res-pect pour tout ce qui étoit sorti de sa plume, & ma curiosité étoit piquée par l’éloge& que fait M. Huet de sa traduction de Polybe, qu’elle répond si éxactement à l’origi-,^'nal, que l'on doute en la lisant, si c’est Casaubon qui a traduit Polybe, ou Polybequi a traduit Casaubon; c’est-à-dire que l’on doute lequel des deux est le véritableHistorien de la seconde guerre Punique. Voilà une incertitude bien honorable pour Ca-saubon. Mais n’est-elle pas un peu outrée ? Car ce n’est qu’en tremblant que j'ose nepas approuver ce qui vient des grands hommes. Seroit-il bien de dire que le Cupidonoe Praxitèle; ressembîoit tant au vrai Cupidon, qu’on doutoit en le voiant si Cupidonétoit la statue, ou si la statue étoit Cupidon?
Parlons plus simplement. Casaubon possédoit la langue Gréque autant bien qu’on l’ait