VIE DE ÎOLYBE.
peut-être possédée depuis qu’elle n’est plus en usage. Il lui est éehapé des Fautes, maisil étoit homme, & homme alors pénétré de la plus vive douleur par la perte qu’il avoitfaite de fa mère, de fa fille, & de la plus grande partie de ses biens. Il avoit beaucoupétudié la maniéré ancienne de faire la guerre, & a relevé très-favamment fur ce pointquantité de bévues de l’Archevêque de Siponte. Mais pour bien concevoir & bien ren-dre tout ce qu’il y a de militaire dans Polybe, ce n’étoit pas assez d’étudier la guerredes Anciens. Il íalloit un habile homme du métier. Le premier secours lui a manqué,& il ne dit nulle part qu’il fe soit servi du second. A T égard de son stile, il est tout-à-sait conforme à celui de Polybe, & cette affectation, qui se sent d’un bout à l'autrede son ouvrage, devoir bien rassurer M. Huet contre son doute. A u reste la recon-noissance m’oblige de déclarer que je dois beaucoup à cet habile Traducteur. Sans luipour l’intelligence du texte, & fans M. de Folard pour la connoissance du militaire,j'avoue que dans bien des endroits j’auroisété très-embarrassé. Plus d’une fois je me fuistrouvé dans des défilez dont je ne voiois nulle issue, & où pour me conduire jç.n’avoispas trop de ces deux savans guides.
Je ne rendrai pas compte des traductions Italienne, Allemande & Angloise. Je n’en-tens l'Italien qu’imparfaitement, & point du tout les deux autres langues. Le Chanoi-ne que j'ai déja cité, juge équitable des ouvrages d’autrui, & impitoiable des sienspropres, me mandoit il y a quelques années, que les Italiens avoient me traduction dePolybe, de la façon du Dommîcbi, & dont ils faifoient beaucoup de cas : mais que leDomenichi étoit un'vrai Perot , ou plutôt un vrai Du Ryer. L’Angloise passe en Angle-terre, à ce qu’on m’a écrit de Londres, pour n’avoir été faite que fur le Latin de Ca-saubon. Et pour l’Allemande, Casaubon dit lui-même que soft Auteur étoit trop oc-cupé de plus grandes affaires, pour avoir le loisir de donner à son ouvrage toute 1aperfection qu’il étoit capable de lui donner. Venons aux Françoifes.
La première est d’un Lyonnois nommé Louis Maigret^. IÍ y en a eu deux éditions.Celle de 1557. ne contenoit que les cinq premiers Livres de Polybe. Dans la secondede l’année suivante, il ajouta les Fragmens des douze Livres suivans. On peut juger dustile de cette traduction par le tems où elle a paru.
Que dirai-je de M. Du Ryer? Répétetlii-je après les autres qu’il n’a travaillé qued’après Casaubon, & qu’outre les sautes de son Original, qu’il a fait passer dans la lan-gue Françoise, il est tombé dans une infinité de méprises qui lui sont propres? Il le fautdire en passant, pour faire sentir combien M. de Folard a eu raison de souhaiter quel’on traduisit de nouveau l’Auteur qu’il vouloir commenter. Mais je ferois conscienced’en dire du mal, & je ne saurois approuver le mal qu’on en a dit. Dans la pauvretéextrême, où cet Académicien vivoit, quelle attention voudroit-on qu’il eût pû appor-ter à son travail. Pour éxaminer, approfondir, comparer, polir, il faut être tranquilleau moins fur les nécessitez de la vie. Dès la Préface, en même tems que je fus touchéde compassion, je conçus que l’ouvrage feroit plus de main que de tête. C est, dit cetAuteur en parlant de fa traduction, un présent que je fais au public, & H doit m'en sa-voir le môme gré , que je lui saurois moi-môme , s'il me donnoit comme je lui donne. IIdemandoit l’aumône, & le public, dont il imploroit la miséricorde, fut sourd à ses priè-res. Sans cela je ne doute presque pas que les qualitez naturelles & acquises qu’il avoitpour écrire, ne lui eussent fait plus d’honneur. Mais quelque défectueuses que soientses traductions, on ne peut contester fans ingratitude qu’elles n’aient été très-utiles. Làon a lû d’excellentes choses, qui fans M. Du Ryer eussent été, comme si jamais elleso’eussent été écrites. Laissons donc enfin cet Auteur en repos, & en faveur des servicesS u ’il a rendus, passons-lui les sautes que son état lui rendoit presque inévitables.
J’aurois besoin, pour d’autres raisons, de demander pour moi la même indulgence
/ dj Car