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faire un jugement téméraire, que ceux qui sont d’un sentiment contrai-re, se trompent beaucoup. On se fonde, il est vrai, sur l’autorité deplusieurs grands hommes. Mais ces autorisez valent moins que rien, sicîles ne font appuíées de bonnes raisons, êc il paroît qu’elles en font en-tièrement dépourvues. Car outre que cette marche en longeant le Rhô-ne 6t remontant jusqu’à la fourche d’entre ce fleuve & la Saône, ne con-duisoit pas Annibal où il avoit dessein d’aller, il lui étoit encore impossi-ble d’y arriver en quatre jours. Le Commentateur de la nouvelle His-toire Romaine n’y pense pas, lorsqu’il fait marcher cette armée jusqu’àLyon. II met en ordre de bataille tout ce qu’il a d’érudition pour prou-ver une marche absolument impossible. J’ai jugé à propos de donnerune Dissertation fur cette marche. Si on se donne la patience de l’exa-miner , il n’y a qui que ce soit qui ne convienne que le sentiment deM. de Mandajor est le plus raisonnable 6e le plus seníë. II prétend, &dit vrai, qu’Annibal s’arrêta entre le Rhône 6c l’Isére, 6c non entre leRhône 6c la Saône : cette dernière opinion est la chose du monde lamoins soutenable. Les armes qu’il emploie pour combattre celle-ci, nefont pas celles dont il auroit dû se servir, ce me semble. Je n’ai gardede recourir aux autorisez qui sont combattues par d’autres en aussi grandnombre, ce n’est pas le moien de gagner ía cause, 11 faut non des au-torisez, mais des raisons d’unc telle force qu’elles soient fans réfutation,6c je les produis. Je ne prétens pas justifier Tite-Live , chacun sçaitqu’il n’écrivoit pas à vue de pais. II suffit qu’il ait dit que l’armée Car-thaginoise passa la Durance, pour faire évanouir 6c tomber par terre lamarche d’Annibal jusqu’à la fourche entre le Rhône 6c la Saône-, ce quiest si absurde, ( car cette réflexion ne m’étoit pas venue à l’esprit lors-que j’ai donné ma Dissertation sur cette marche, J qu’il eût fallu, pours’approcher de la Durance , que l’armée Carthaginoise fût revenue furses pas pour passer cette rivière. En voilà assez pour casser les bras 6cles jambes au parti contraire à notre Académicien.
J’ai jugé à propos de donner une Carte exacte de cette marche d’An-nibal , non de l’Espagne au Rhône, ni de ce fleuve à l’Isére ; mais seu-lement des Alpes, depuis Vizile , qui est à l’entrée de la vallée de laRomanche, jusqu’au Pô. Je n’ai pas cru devoir m’en tenir là, j’ai don-né les divers campemens d’Annibal. Vous donnez vos conjectures, di-ront quelques-uns : je n’ai garde de le nier. Mais comme j’ai une con-noissance parfaite de ces montagnes, 6c que j’en ai fait une étude parti-culière, comme de tous les pais où j’ai fait la guerre, je vois à peu prèsle chemin qu’une armée peut faire dans un. jour , 6c dans la saison oùces montagnes sont peu pratiquables, Je considère en même tems le nom-bre des troupes autant que celui des équipages , 6c les défilez qui sub-sistent encore, 6c c’est là-dessus que j’ai réglé mes campemens. C’esta ux Lecteurs à juger si j’ai bien ou mal fait.à de Lille dans fa Carte de la retraite des dix mille , auroit-il été
* * z blâmé