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Tome IV.
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z;8 HISTOIRE DE POLYBE,

sein de mes ailes & leur supériorité à l'égard de la disposition, mais non pas le piège queje lui tens à mon centre. Voilà Tordre de bataille fur lequel je voudrois combattre»malgré la disproportion de mes forces comparées à celles de mon ennemi 1 II me paraîtplus simple & plus dégagé, chaque arme se trouve soutenue par I’autre» chacune prendconfiance en celle qui la soutient ; ce qui augmente le courage & l’espérance de la vic-toire. Passons maintenant aux observations qui restent à faire à l’égard des Romains 8cdu Général de Carthage, fans écarter les raifonnemens & les preuves qui peuvent fairevoir les avantages de l’ordre que je propose, qui n'est ni si composé que celui d’Anni-bal, ni si difficile dans les mouvemens , & moins sujet aux défauts que j’y ai fait re-marquer, & qu’il faudra encore répéter, pour donner aux Connoisseurs une plus gran-de facilité d’en juger comme il leur plaira.

Pour qu’une bataille soit décisive & moins sujette aux événemerrs fortuits , on doitéviter autant qu'il est possible d’engager un combat de détail, qui ne soit plein & en-tier, il faut qu’il s’étende fur toute la ligne uniment & tout d’une piéce, & qu’aucunne soit témoin par son inaction des mauvais succès d'une droite , ou d'une gauche,, oud’un centre; car le moindre accident est capable de décourager ceux qui n’ont pas en-core donné. Je fais cette maxime peut-être de mon chef, elle n’est pas moins vraie »particulièrement contre un ennemi fin & rusé. On dérange par là toutes les mesures,qu’il peut avoir prises à ses ailes, ou à son centre. Il ne fçauroit faire aucun mouve-ment qui ne soit très-délicat & très-dangéreux, outre que dans les combats de cette na-ture , le péril étant égal par tout, & toutes les troupes combattant , l’ennemi ne sçau-roit se dégarnir nulle part, sans risque d’être battu où il se sera affoibli pour courre ail-leurs , où les affaires peuvent être finies avant qu’il arrive. D’ailleurs l’attention est tropdivisée pour penser à ruser quelque part : car il arrive souvent, comme je viens de ledire, qu’en fortifiant un endroit on assoiblit l’autre. Si le Carthaginois eût eu en têteun tout autre homme que Varro ou moins ignorant , & moins présomptueux , en unmot un homme capable d’écouter les conseils du moindre Officier de son armée, il eutdécouvert le piège que l’ennemi lui tendoit, ou du moins il s’en fut défié. Un corpsqu’on pouffe en avant en ligne circulaire, ou en toute autre figure, si on ne devine pasqu’il soutiendra un peu le choc, pour reculer & former ensuite un rentrant pour y en-fermer comme dans une nasse, du moins apperçoit-on clairement que l’ennemi veut en-gager au centre, & réserver ses ailes pour tout autre dessein. Or comme c'est une maxi-me qu’il ne faut rien vouloir de ce que l’ennemi veut, on tient en respect ce centre sansl’attaquer, où l’on entre en engagement si on ne peut l’éviter ; mais en même tems ontombe fur les ailes, & la ruse du centre tombe alors par terre & l’on se moque de In-venteur ; car tout le front se trouvant attaqué, les ailes ne sçauroient rien faire pour fa-voriser le piège du centre, de sorte que l’ennemi se trouve pris par l’endroit favori où stpensoit vaincre. Ainsi je trouve le stratagème fort grossier, je ne dis pas contre un ha-bile Général,mais contre le plus médiocre. Bel éloge pour Varro qui s’y laisse prendre.

Le centre de mon ordre de bataille n’offre aucun soupçon d’artifice & de stratagèmeaux esprits les plus défiants, non plus qu’aux plus rusez. Toutes mes troupes se trou-vent rangées fur une même ligne droite : j’avoue que mes armes sont autrement distri-buées, & qu’on ne voit aucune cavalerie à la première ligne, qu’elle est toute composéed’infanterie, & que mes ailes sont extraordinairement fortifiées, que l’ennemi guidé deson expérience, & d’un peu de prévoiance découvre du moins le piège que je lui tensà mes ailes, & qu’il peut se précautionner , & se fortifier : c’est beaucoup gagner d cce côté-là , que d’y apporter du remede. Je prévois une objection , on me représen-tera qu’on pourra raisonnablement douter que cette infanterie puisse être soutenue d’uneaile de cavalerie à la seconde ligne, & l’on. se réglera là-deííus. Cette difficulté me p^*