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Tome IV.
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DISSERTATION

Citoiens. Ces fonds font peu nécessaires aux grands Capitaines , qui fournissent ailléfrais de la guerre par la guerre même. Mais aujourd’hui que les grands Guerriers fontd’une aussi grand rareté qu’ils l’étoient du tems de la seconde Punique, la guerre épuiseun Etat de ses finances en très-peu de tems , & les victoires ne produisent autre choseque Ja ruine des peuples. L’on peut dire qu’Annibal faisoit la guerre aux dépens desRomains & à leur honte , comme Alexandre le Grand à celle des Perses. Le malheurdes premiers a son origine dans la mauvaise conduite du Sénat. 11 n’eût pas manquéde Capitaines, s’il se sût tourné du côté du mérite. Tel qu’on négligeoit, à la placed’un autre, eût fini la guerre. Les meilleurs & les plus gens de bien éprouvèrent milletraverses , mille dégoûts & mille douleurs , par les intrigues & la malice de leurs en-vieux. Fabius, le plus sage , le plus éclairé & le plus honnête homme de la Républi-que , & à qui Rome dut son salut & sa gloire , n’est pas le dernier qui ait passé pourinsensé & pour malhabile parmi ses Citoiens , & dont les actions aient été sinistrementinterprétées. Sa façon de faire la guerre , trop profonde & trop fine pour une nationqui ne connut jamais que l’offensive , passa pour timide & pour lâche parmi une foulede gens, qui en ce tems-là n’entendoient pas mieux celle-ci que l’autre. Leurs défaitesperpétuelles leur eussent dû faire connoître qu’on ne pouvoit vaincre Annibal qu’en sui-vant la méthode de Fabius Maximus. Car dès qu’on lui ôta le commandement, ils sevirent fur le point de leur décadence, & l’extrémité de leurs affaires les mit dans la né-cessité de recourir à ce grand homme.

Quelle a été la cause de la ruine & de la décadence des affaires de Carthage? Doit onl’attribuer toute entière a son Général ? Qu’on s’en garde bien. Sa faute si souvent re-prochée ne fut jamais fans remède ; si ce Guerrier célébré n’eût pas été exposé commeFabius aux contradictions & à la haine de ses ennemis, jaloux de fa gloire, plus puiffans& plus écoutez dans le Sénat de Carthage que ceux de l’autre dans celui de Rome. Iln’y eut aucune sorte de brigues & d’artifices q u’ils ne missent en œuvre pour empêcherles secours de troupes que cet habile Général demandoit pour la continuation de la guer-re. Rien n’arrivoit , où ils faisoient en forte que les préparatifs se faisoient avec unelenteur, qui sans épargner la dépense en ruinoit tout le fruit , & souvent les Romainsavertis interceptoient les convois par leurs armées navales. Que l’on compare après celala conduite de ces deux Républiques , Sc l'on verra que T envie & la jalousie des deuxcotez concouraient à leur perte, & qu’Annibal n’eut pas moins à souffrir & ne sut pasmoins traversé que le Dictateur , toujours blâmé dans fa façon de faire la guerre , &toujours constant à la suivre, & enfin admiré pour savoir pratiquée.

Je ne sçai quels sont les faux Fabius qui voulurent imiter le véritable pendant la der-niere guerre de 1701. où ils n’entendirent jamais rien. Ils ne pûrent éviter le combatfans se voir réduits à perdre de leur terrain , & ils se firent battre après l’avoir perdu

pour en céder encore un plus grand, & par-là ils abandonnèrent nos meilleures places augré de nos ennemis , que nous eussions battus éternellement , fi nous eussions conti-nué notre ancienne méthode de faire la guerre, la plus conforme à l’humeur de lanation.

Cette vertu courageuse & patiente des Romains dans la seconde Punique, n’approchepas à beaucoup près de celle de la République de Hollande. Celle-ci nous a fait voir lesmêmes vertus & des sentimens encore plus élevez que ceux des Romains dans lesguerres qu’elle a soutenues pour secouer le joug de l’Espagne , & jetter les fonde-mens de fa gloire & de fa liberté ; fondemens cimentez du sang & des sommes im-* Henri menfes que nos Rois * prodiguèrent généreusement , pour élever cette RépubliqueLouis" au ?oiut de grandeur & d’opulence où nous la voions aujourd’hui. Euffent-ils ja-XIII mais cru qu’elle s’emploieroit toute entière pour soulever toutes les Puissances de

l’Eu-