*2 histoire de polybe,
roit vraie ì l’égard du Prince Eugène , comme de beaucoup d’autres , que la bonnefortune n’est pas toujours d’accord avec la vertu. Ces Officiers m’ont assuré que ledétachement destiné pour l’attaque de la porte du Pô partit dès le moment qu'on futarrivé dans la place, & que le guide qui le conduisoit aiant été tué d’un coup de fu-sil tiré par une fenêtre , le détachement s’égara I cause des détours des rues , & queles soldats prirent Vune pour l'autre; ce qui les obligea de revenir fur leurs pas, & fitperdre un grand rems, perte irréparable dans ces sortes ^'entreprises. Quoiqu’il ensoit, le Baron de Merci marcha à cette porte fatale à la tête de huit cens chevaux &de l'infanterie en bon nombre, avec ordre à la cavalerie de se poster entre cette porte& les cazernes, ou la plus grande partie de la nôtre étoit logée. Ces cazernes étoientenvironnées de jardinages & de haies qui les fermoient, & cela régnoit jusqu’à laporte de Mouze. Pour plus grande précaution on fit border ces haies d’un bon nom-bre d’infanterie, pour contenir nos cavaliers & les tenir en respect. Cette précautionétoit un peu trop outrée. Ce n’étoit pas là qu’il íalloit poster cette infanterie, maisdans l’cntrée des rues voisines de la porte par où les Irlandois, qui étoient logez toutauprès, pouvoient venir. Autre faute qui n’est pas des moindres ^
l'autre côté de la porte du Pô est uni, & les maisons allez éloignées du rempart.c 'est une plaine en pelouse, où Von peut remuer des escadrons jusques fur le terre-plein, qui étoit peu élevé & en pente douce. On n’y peut aborder fans se rompre& se' désunir, Vennemi n’opposa pourtant rien de ce côté-là, ni dans les rues quiverfoient dans cette plaine. Voilà quelle étoit la situation du terrain du côté de laporte du Pô. Nos cavaliers, qui se virent tout à coup bloquez, faifoient grand feudes fenêtres de leurs cazernes. C’étoit tout ce qu’ils pouvoient faire; mais comme lefeu des mousquetons n'est pas fort à craindre, les ennemis ne s’en mirent pas beau-coup en peine. ...... , ,
Le Baron de Merci s’étant posté, ainsi que je viens de le dire, entre la porte duPô & les cazernes, fit marcher le détachement des grenadiers destiné pour Vattaque decette porte, où il y avoit une garde de trente-cinq hommes commandez par un Ca-pitaine, qui s’étoit couvert d'une barrière en forme de palissade. L'ennemi abordacette barrière ì la portée d’une halebarde, & fit un feu terrible contre nos gens, quine demeurèrent pas en reste. Celui qui attaquoit cette porte eût dû coler la barrière,& passer les armes à travers; mais s’étant apperçu que les nôtres les avoìent prévenus,& que la palissade se trouvoit toute hérissée de baïonnettes au bout du fusil, les sol-dats n’osérent s’en approcher, de peur de s’enferrer dans ces baïonnettes; ce qui leursit perdre beaucoup de monde. Nos soldats, à couvert de la palissade & de la bar-rière, les choisissoient & les tiroient fans être vus. Le Baron de Merci aiant trouvéà cette porte une obstination à laquelle il ne s’étoit pas attendu, tenta de gagner lefort de nos baionettes, & d’engager ses soldats à passer leurs armes dans la barrière ;mais ce fut inutilement. , .
Pendant qu’on étoit engage a cette porte, 1 ennemi s’empare d’une batterie de septpièces de vingt-quatre qui étoit fur le rempart, & destinée pour la défense de l’ou-vra<*e de notre pont; & comme ils ne trouvèrent personne pour la défendre, ils n’eu-
rent aucune peine à s’en saisir. . , , , . , .
Cependant Valarme étoit par toute la ville, deja les deux regimens Irlandois Dil-]on & du Bourk, qui étoient logez tout auprès, avertis que 1a porte du Pô étoitattaquée, y coururent en hâte, & leur nombre grossit tellement en si peu de tems,qu’ils se virent en état de marcher à l’ennemi. Les choses étoient en ces termes,lorsque les Irlandois viennent tout à coup se présenter à son flanc par les remparts, &par les rues qui aboutissaient à la porte. L’ennemi surpris d’une chose si imprévue,” fit