LIVRE VI. CHAP. XV. i j 7
chejil se peut, dis-je, que ce Prince eût envoie des troupes pour s’emparer des pas-sages, & pour couper les vivres & la retraite aux ennemis. Je ne vois pas que celapuisse être autrement, à moins qu'ils ne se fussent engagez dans un détroit qui n’avoitpoint d’issue, & que Philippe n’eût marché pour leur boucher le passage par où ilscroient entrez ; ce qui arrive quelquefois, lorsqu'on est guidé par des traîtres ou pardes gens qui n’ont aucune connoissance du pais ; tout cela peut être arrivé : car il neparaît pas qu’Euripidas fût un fort habile Général. II fait ici une figure qui ne lecède point à celle de Picrocole, dont parle Rabelais, qui s'enfuit cinq heures avant lecombat. II falloit qu'il eût quelqu’un de son tems en vue dans cette ridicule fiction;mais bien que Picrocole soit un Général imaginaire dans le Livre de cet Auteur,il s’en trouve dans l'Histoire qui sont très-réels. Euripidas se voiant enfermédans ces détroits , fans songer aux moiens de s’en retirer par fa valeur & par faconduite, car il faut tenter du moins, il laissa là son armée, & s’ensuit par des sen-tiers détournez.
11 y a une maxime qui dit, que le Général doit mourir le dérnier de son armée , 1& cette maxime est très-sage ; mais elle ne dit pas qu’il faille fuir le premier & aban-donner ses troupes dans un grand danger, où la nécessité de combattre, Ioríqu’on neP cut fuir, peut ouvrir un chemin au salut & à la victoire, c’est-à-dire lorsque lessoldats se trouvent malheureusement dans cette alternative de périr ou de se sauver parun coup de désespérez; car la maxime qu’il n’y a rien d’insurmontable à la nécessité,& qu’elle est la plus dangereuse de toutes les armes, n’est pas moins véritable que l’au-tie. Euripidas ne pouvoir l’ignorer, car elle étoit autant connue de son tems qu’ellelest aujourd’hui, & une infinité de grands hommes s’en sont bien trouvez. II n’enfit aucun usage dans cette occasion, & abandonna bravement son armée. Dans detelles extrémitez il faut tenter de percer à différentes reprises, & joindre au couragedéterminé, au désespoir même, la ruse & le stratagème, & les épuiser s'il se peut.•Apres toutes ces tentatives le Général, qui peut être utile à son païs, doit songer àfa conservation, & tâcher de se sauver, s’il lui est possible, fans que fa réputation ensouffre : caria gloire des grandes journées augmente par la prise du Général de l’armée.
II est surprenant, je le répété encore, qu’il y ait tant d’Euripidas dans l'HistoireAncienne & moderne. Après avoir bien médité fur mes lectures, j’en ai tant trou-er que je ne finirais pas sitôt si je les rapportois tous. Je transcrirai les plus con-sidérables , car ces sortes d’exemples font un très-grand plaisir. II y a même plusque cela: car puifqu’ils sont si peu rares, c’est une marque que ces lâcherez, quilont arrivées, peuvent arriver encore; elles ne sont pas toutes anciennes. Je remar-que quelques hommes célébrés qui se sont déshonorez comme Euripidas, & nousremplirons ici cette maxime, qu’il faut que la plupart des instructions soient indi-rectes, sur-tout celles qu'on donne aux gens de guerre, ou à ceux qui y font desti-nez > & qu on fasse le moins semblant d’enseigner lorsque l’on enseigne le plus.
Mes Lecteurs penseront de faction d’Euripidas tout comme j’en pense, ils laCouveront fort extraordinaire; mais qu’il ait trouvé des imitateurs d’une lâcheté en-c ° re plus énorme, cela doit surprendre encore bien davantage, & s’il vous plaît fortpeu de tems après: car il n’y a qu’un espace de quelques années entre faction d’Eu-îst^das & celle de Persée Roi de Macédoine, dans la bataille qu’il perdit contre Paul’ Haste, On ne vit jamais dans le monde un Prince plus lâche que celui-là. ,, Ceux” auront été en quelque estour de guerre, dit Montagne (a), tous blessez &” on f 0re ení anglantez, on les ramène bien le lendemain à la charge ; mais ceux qui” c °nçu quelque bonne peur des ennemis, vous ne les leur ferez pas feulement
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( a ) £/• de Montag.l, i.C. 17 ,