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Tome V.
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Livre iv. chap. xv. •,,,

Les amours de Marc-Antoine portèrent coup à la liberté de Rome. Auguste n’o-soit trop y attenter; il vouloir régner seul, & il avait deux Collègues, Lépidus &Antoine. La perte du premier lui coûta peu, l’intrigue le tira de cet embarras. IIns restait plus qu’Antoine, mais c’étoit un autre homme, sc fort à redouter par soncourage & par ses forces. II étoit aimé & chéri de ses' soldats, il étoit maître d’unepartie de l’Asie, & presque toutes les Puissances de cette partie du monde lui étoientalliées, & dévouées à son parti. II étoit d’ailleurs maître absolu de l’Egypte, car-de là il donnait la loi à toute l’Asie & à Rome même, qui tiroit toute sa subsistan-ce de ce païs-là ; ce qui embarassoit extrêmement Auguste. La jalousie du Gouver-nement entre ces deux rivaux ne les tenait pas trop d’accord, & les brouilla souventensemble ; mais comme ils se redoutaient également l’un l'autre, les amis communssaisoient aisément leur paix. A la sin ils prirent les armes avec une égale puissance ;êc si les folles amours du premier n’eussent pas renversé sa cervelle, Auguste ne s’enfût jamais tiré avec tant de bonheur. Celui-ci leva de puissantes armées de terre &de mer; l’autre, qui n’étoit pas moins en pouvoir de lui rétorquer fur l’un & furl’autre élément, se mit en mer avec un tel appareil & une si nombreuse flotte, quede4puis la première Punique il ne s’est rien vû de semblable. Antoine s’y embarquai^aais fa paflìon pour Cléopâtre étoit si violente, que ne pouvant s en éloigner, il l’a-mena avec lui. Outre ces forces navales, Antoine n’étoit pas moins redoutable furterre, & son armée surpassoit en nombre & en valeur celle de César. Voilà doncdeux grandes armées de mer & de terre qui se donnoient comme la main, & de celle-ci dépendoit l’Empire du monde plutôt que de l’autre. Canidius conseilloit à An-toine de renvoier Cléopâtre, il lui disoit qu’une bataille gagnée ou perdue sur mer nedecideroit jamais de rien; au lieu que se mettant à la tête de son armée de terre, ilpouvait être assuré de la victoire par la valeur de ses troupes & la confiance qu’ellesavoient en lui ; mais enivré de fa ridicule & indigne passion, il n’écouta point unconseil si salutaire, il laisse là son armée de terre, monte sur sa flotte & donne la ba-taille qu’on appelle d AEtium : l e combat sut longtems incertain & douteux. „ Lors-que tout à coup, dit Plutarque, ,, on vit les soixante vaisseaux de Cléopâtre, qui,, déploioient leurs voiles pour se retirer, & qui se mirent à fuir au travers de ceuxS, qui combattoient, car ils étoient postez derrière ces gros bâtimens, & en les écar-" tant pour passer ils les mirent en désordre. Les ennemis les regardoient avec éton-

nement, & les voioient poussez par un bon vent prendre le chemin du Péloponèse.

" Alors Antoine fit voir manifestement qu’il n’avoit ni la prudence d’un Géné-" ni le courage d’un homme, en un mot qu’il n’avoit pas son bon sens; mais** c J ue comme quelqu’un a dit en badinant, que l’ame d’un amant vit dans un corps„ etranger, il étoit entraîné par une femme, comme s’il eût été colé avec elle & obli-„ ge de suivre tous ses mouvemens. Car il n’eut pas plutôt vû la galère de cette E-•> gyptienne faire voile , qu'oubliant tout & s’oubliant lui-même, & trahissant & a-’> bandonnant ceux qui combattoient & qui se saisoient tuer pour lui, il monta fur" une galère à cinq rangs de rames, accompagné seulement d’Alexandre le Syrien &" de Scellius, & suivit celle qui l’avoit déja ruiné, & qui alloit achever de le peso’’ dre. Cette furieuse passion fut pour lui une source inépuisable de malheurs. Cé-ar , a près une telle victoire, dont notre amoureux se fût très-bien relevé par son ar-de terre, n’eut garde d’imiter Annibal après la bataille de Cannes ; il le poursuivitU g} Ues àns l’Egypte. Antoine se réveilla un peu par un combat, ou il remportalui-mê 2 avanta S e > à puis retomba dans ses mêmes faiblesses, Sc fut réduit à se tuerk Cléorf t ^ on P eut qu’Auguste dut plutôt à la folle passion d’Antoine p©urP a re v»ie victoire si surprenante, qisà sa valeur & à sa conduite. . _