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Tome V.
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HISTOIRE DE POLYBE,

Voici un Amiral de la flotte d’Athènes, qni, fans être amoureux, s’enfuit avecquelques vaiíïeaux, & laissa là le reste : on entend bien que je veux parler de Conon,grand Capitaines. Mais dans cette affaire-ci, il manqua de conduite & de prévoian-ce. A l’égard du courage, je ne vois pas qu’on puisse raisonnablement l’accuser d’enavoir manqué. Sa flotte étoit forte de cent quatre-vingt galères, il fut surpris & nefe sauva qu’avec neuf. Cet événement termina la guerre du Péloponèse, & causa laruine & la décadence d’Athènes. Voici le fait, je remprunte de Thucydide, &d’Ablancourt m’en fournit la traduction.

Lysander, Amiral de l’armée de Lacédémone, s'étant rendu maître de Lampsaque,où il y avoit un bon port, les Athéniens aiant été avertis qu’il tiroit de ce côté-là,y cinglèrent auffi, ,, & mouillèrent au port d’Eleonte dans la Chersonéfe avec cent„ quatre-vingt galères; & aiant fçû la prise de Lampsaque, allèrent à Seste, où s’é-„ tant pourvus de vivres, ils abordèrent à Egofpotame vis-à-vis de Lampsaque, où„ l’Hélespont n’a pas deux milles de largeur. Lysander, après avoir fait repaître ses,, gens, les fit embarquer, & mit les mantelets des galères comme pour le combat,„ avec défense de quitter son rang & de branler sans ordre. Les Athéniens, dès le„ lever du Soleil, se rangèrent en bataille devant le port ; & votant que Lysander„ ne bougeoir, se retirèrent sur le soir à leur poste , où il les fit suivre par quelques„ galères des plus légères pour épier leur contenance. Après avoir fait cela l’efpace„ de quatre jours, pendant lesquels les Athéniens ne cessèrent de lui présenter la ba-„ taille; Alcibiade, qui vit de son fort qu'ils étoient sur une rade découverte, d’où„ il falloit aller quérir des vivres ailleurs, tandis que l’ennemi étoit posté dans un bon„ port où il ne manquoit de rien, il leur conseilla de regagner Seste, qui n'étoit é-„ loigné que de demie lieue, où ils se pouvoient battre quand il leur plairait, sans,, être sujets aux insultes des ennemis. Mais les Généraux Athéniens, & particulié-„ rement Tydée & Menandre , ne trouvèrent pas bon qu’il se mêlât de leurdon-„ ner des avis, n’étant plus Général ; ce qui l’obligea à se retirer. Le cinquième„ jour, Lysander dit à ceux qu’il envoioit à la découverte, selon la coutume ,,, qu’ils fissent signe avec un bouclier lorsqu’ils verraient les ennemis décendus à„ terre, & écartez, comme ils faisoient tous les jours par mépris, à cause qu’il re-,, susdit le combat. Le signal ne fut pas plutôt donné, qu’il vogua contre eux à„ toutes rames, suivi de Thorax avec son infanterie. Conon le voiant venir , fit„ sonner l’alarme pour rassembler ceux qui étoient dispersez, car il y avoit des ga-,, léres entièrement dégarnies, qui n’avoient qu’une rangée ou deux de rameurs, &„ sc mit en mer avec neuf autres équipées de tout point, dont la Parelienne étoit„ une. Cependant Lysander prit toutes les autres avec ce qui étoit dessus, & une,, partie même de ceux qui étoient sortis: le reste sc sauva dans quelques petites„ places voisines. Conon voiant tout perdu, cingla en haute mer avec huit galères„ vers le promontoire de Lampsaque, où trouvant les grandes voiles des ennemis,„ il les prit, & tira yers Evagoras Roi de Chypre, tandis que la Parelienne por-„ toit à Athènes la nouvelle de la défaite.

Voilà deuxplaisans Officiers Généraux que Menandre & Tydée,qui parce qu’Al-cibiade , un des plus grands Capitaines d’Athènes, étoit fans cesse maltraité par scsCitoicns, lors même qu’il les tiroit des plus grands embarras, & même après les avoitdélivrez du joug des Lacédémoniens, sc moquent de ses avis, comme si l’on perdoitle sens & l’esprit lorsqu’on perd les bonnes grâces d’un Prince; ils méprisent un con-seil salutaire, qui saisoit le salut & L gloire de l’armée Athénienne. Mais que Co-non ait méprisé cet avis, il y a lieu d’en être étonné ; il e ût pû s'épargner unetelle honte, & la perte entière de fa réputation. &

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