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Tome V.
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LIVRE V. CHAP. XII. 187

rer le rideau, ou de glisser légèrement sur des sujets si désagréables,on doit au con-traire appuier dessus, & montrer ce Prince à la postérité au milieu de tant de tem-pêtes , & presque accablé sous les débris de ses principales frontières, pour voir avecplus de surprise le dénouement d’une guerre dont les commencemens furent si glo-rieux à ses ennemis, & la fin si honteuse. Ces fortes d’événemens , qui viennentensuite des plus grandes disgrâces soutenues avec constance & avec courage, fans enêtre abattu & fans plier le moins du monde, nous fournissent infiniment plus desujets d'éloges, & font plus dignes d’admiration que les victoires les plus éclatantes.

§. III.

De la maniéré de bien établir t état de la guerre, cjitelle en ejl // méthode. Cette par-tie de la guerre ejl la plus importante de í art militaire.

L A guerre contre Molon eût été funeste à Antiochus, s’ìl sc fût absolument li-vré à toutes les pallions & aux mauvais conseils de son Ministre violent &vindicatif, & l’on peut dire par tout ce que nous apprend Polybe de la conduitede ce Prince dans cette guerre, que l’elprit, le bon sens & le courage se firent re-marquer en lui dans un âge ou ces qualitez fe dévelopent très-rarement, au moinsaussi pleinement que dans celui-ci : car il fçut très-bien discerner & choisir de deuxavis celui qui lui paroissoit le meilleur, & prendre le parti qui lui paroissoit le pluspropre à finir une guerre qui l’embarassoit extrêmement : outre que dans les guerresCiviles il faut beaucoup moins de ménagement & beaucoup plus de promtitude quedans les autres. J'avoue qu’il y a fort souvent de mauvais conseils qui sont suivisd’un bon succès, lorsqu'il plaît à la fortune de disposer les choses selon son capri-ce; mais dans celui d’Hermias tout le caprice ou la puissance de cette fortune n’au-roit pû venir à bout d’en tirer le moindre avantage. Le plus sûr est de ne pass'ériger en donneur d’avis fur des mouvemens militaires, lorfqu’on n’est pas du mé- •tier, ou que l’on manque de talens nécessaires pour cela. Le Ministre d’Antiochus,qui étoit un très-méchant homme,me paraît ici très-habile & très-éclairé pour pour-voir à tous les préparatifs d’une guerre. Il voioit de loin à cet égard-là ; & bienssi-ie ce ne fût pas son dessein de passer le Tigre, il trouve le secret d’avoir toutesl £s choses nécessaires pour traverser un fleuve si difficile , & d’une si prodigieusekrgeur. Ce qu’il y a de surprenant, c’est qu'Antiochus le passe fur trois ponts,son Ministre trouve assez de batteaux pour cette grande entreprise. Mon Auteurne parle de ponts que dans cette guerre d’Antiochus, & je ne vois rien dans tout cestui nous reste de l’Histoire de cet Auteur qui montre qu’il ait traité du passage des ri-viéres sor des ponts, je ne dis pas dogmatiquement, ce ferait sortir de l’orbe de l’Histo-rie n,mais historiquement. Nous en traiterons en peu de mots dans le Paragrafe sui-v ant, car c’est une partie de la guerre qu’il m’importe de traiter ici fans l’épuíseivssct endroit de mon Auteur est remarquable. Il entre dans un détail fort circon-ftancié des mesures que l’on prit dans le Conseil qui fut tenu pour la guerre con-tre Molon, où Antiochus assista, & tout ce qu’il avoit d’Officiers généraux de sonarmée & son principal Ministre, qui étant d’un avis contraire à celui de Zeuxis, leRo 1 1 suivit ce que ce dernier proposa. Ce fut dans cette assemblée militaire qu’onre gla ce qn'on appelle l’état de la guerre, & c’est la première chose dont les Minis-tres & jes Généraux prennent instruction par rapport à l’ennemi, dès qu’on s'est dé-en »mé à la faste. Nous allons tâcher de donner une idée générale de cette sa-vante