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Tome V.
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î.88 HISTOIRE D E P O L Y B E

vante partie de la science des armes ; ce qui suffira pour ceux qu'une étude pénible& profonde pourroit rebuter. C’est sans doute celle de toutes que les Princes, leshommes d'Etat & les Généraux d’armées devroient le plus étudier; mais où la pui-ser ? Dans Frontin qui l’a traitée ? Mais nous ne connoiffons que le titre de cetOuvrage, qu’il intitule De confit tuendo ftatu belli, que Montécuculi traduit fort bienDe la maniéré de bien établir l'état de la guerre. Ce grand Capitaine nous auroitfait très-grand plailîr de nous apprendre en quel endroit de Frontin on trouve ceTraité, je l’ai cherché inutilement dans la bibliothèque du Roi & dans les plus fa-meuses. Cependant ce grand Capitaine en parle dans ses Mémoires comme d’un êtresubsistant & non chimérique : seroit-il manuscrit dans la bibliothèque de l’Empe-reur? Personne ne le connoît. Me voilà donc réduit à tirer de mon propre fond unepartie de la guerre très-difficile, où j’aurois eu besoin des lumières d’un auffi grandhomme que Frontin.

Montécuculi glisse tellement fur cette matière, qu’à peine nous en donne-t-il uneidée. La manière de bien établir l’état de la guerre, ou la disposition universelle,,, dit-il (a) , regarde la guerre en gros. Elle prescrit une règle générale pour la„ faire & la dresser fur un plan avantageux.

„ Entabler bien aux échecs dès les premiers mouvemens qu’on donne à ses pièces,„ dit-il encore , influe fur la fuite une facilité de vaincre. Quand vous avez mal dé-,, buté, & que vos pièces font en désordre, il est difficile d’y remédier par la suite.”Or quelle est cette disposition universelle dont parle ce grand Capitaine ? 11 est

fort succint là-dessus. Examinons un peu ses raisons, on ne fçauroit manquer deprofiter à la fuite d’un Maître si célébré. Il éclaircit le titre du Traité de Frontinpar la maniéré d’ établir & de concerter la forme de bien conduire une guerre, & de Ubien gouverner par rapport à la viíloire. II n’entend pas par-là les préparatifs, les mu-nitions de guerre & de bouche, & tout ce qui regarde les troupes & les places : celan’est pas de mon sujet. Je sçai que pour conserver la domination & pour le salutde la patrie on a besoin de deux choses, d’argent & de troupes : car l’on ne peut, conserver les armées qu’en leur fournissant ce qui leur est nécessaire , & l’on nesçauroit en avoir sans commencer par pourvoir à tout, les lever, les entretenir & lesdiscipliner. Par les armées on trouve ensuite le fond de leur subsistance , & del’or pour du fer : car si l’une de ces deux choses venoit à manquer, l’autre tom-beroit en ruine. Mais, comme j’ai dé j a dit, l’argent & les troupes ne regardent pasle sujet que je traite, Frontin comme moi suppose tous les deux; ainsi la manièred’établir l’état de la guerre a seulement rapport aux endroits des frontières où l’onpense de la transporter, pour la faire sûrement dans une offensive ou dans une dé-fensive , & avec espérance de réussir dans l’une & dans l’autre par une conduite sage»réfléchie, préméditée & débattue dans un Conseil ou dans le Cabinet. Les exem-ples qu’il nous donne nous seront aisément comprendre ce que c’est. Il cite d’a-bord ,, Gustave-Adolphe Roi de Suéde, qui faisant la guerre en Pologne ave c,, une armée composée de bonne infanterie, mais de peu de cavalerie, ne la rifq ul„ point dans ces vastes plaines de la Pologne ; mais il s’arrêta dans la Prusse, où ai a ot„ pris plusieurs places, & s’étant fortifié, il garda dans la paix ce qu’il avoit con-s» quis pendant la guerre. Charles Gustave au contraire, y aiant rallumé la guerM3» en i6;<5. traverse le Roiaume d’un bout à l’autre à la saveur des divisions ; ma 15,3 les divisions étant assoupies, & son armée assoiblie, il reperdit tout. L’armée p e '„ santé des Suédois n'étant pas propre à courir, ni l’armée légère des Polonob à

° ' cofíir

(a) Montée. Mím. l. r. c. z.