196 HISTOIRE DE POLYBE,
avantage j qu’on ne sçauroit trouver où l’on est d’abord, & cependant l’on voít lccontraire , & que la cavalerie sur laquelle nous avions compté, nous devient absolu-ment inutile. L’on s’apperçoit » lorsqu’il n’y a plus de remède, qu’on a péché dan*les maximes & les préceptes les plus graves qui regardent l’art de régler î’état de 1*guerre. Le Général alors perd toute espérance de rien faire, & se découragé, & lesOfficiers & les soldats qui voient cela, en font abattus; au lieu que l'ennemi prendde nouvelles espérances, votant que ce qui faiíbit le plus fort demeurera fans rien fai-re & de nul usage: outre que les fourrages deviendront plus difficiles, & qu’on nepourra les faire qu’avec de nombreuses escortes d’infanterie ; ce qui l’affoiblit, &
soumit souvent l’occasion à un Général habile & entreprenant d’attaquer une arméedénuée d’une partie de ses forces.
Si l’on vouloir porter la guerre en Italie, il faudroit bien se garder d’y envoier untrop grand nombre de cavalerie, parce qu’il y a des endroits peu propres à la fairecombattre, & qu’un habile homme, & même un médiocre Général, peut très-bienéviter pour combattre à son avantage. Si les Romains eussent fait un meilleur usagede leur infanterie, lorsqu’Annibal entra en Italie, la cavalerie d’Annibal eût été très-inutile. Rien ne les empêchoit d'éviter les plaines fur le Tésin, à Trébie & à Can-nes : car le pais en ce tems-lì comme en celui-ci, ainsi que de tout tems, étoit cou-pé de ruisseaux, de canaux, de fesser pleins d’eau très-profonds, de champs clos, lescampagnes parsemées d’un nombre infini de villages, de caffines, enfin tout hérissé dechicanes & d’obstacles fans nombre. Lorsqu’on régie l’état de la guerre sur de sem-blables connoiíTances, on se dispense d’y faire marcher sans néceílì té un trop grand
nombre de cavalerie > qui épuise en peu de tems une partie des fonds destinez pour laguerre.
II y a une autre considération à íàire dans ces sortes de guerres qu’on transportehors de son païs, c’est d’éviter-là, comme presque par tout, une guerre de défensi-ve , & surtout considérer non seulement le Général, mais encore l’humeur de la na-tion : car toute nation n’y est pas propre, & tout Général n’en est pas capable,bien qu’il soit habile ; mais l’on ne l’est pas en tout. Par exemple la nation Françoisene vaut rien dans cette forte de guerre, elle est trop impatiente & trop vive, & qui-conque prendra ce parti s’en fera quelquefois beaucoup accroire, ou se croira plushabile que les Turennes, les Condez & les Luxembourgs, qui sentoient bien quScette partie de la guerre est très-difficile & très-délicate. Trouve-t-on aisément desFabius dans l’Histoire, qui soumissent si longtemsla même carrière? On doit re-garder la défensive comme un don du ciel, lorsqu’il veut que l’Etat où ces hommesnaissons, fleurisse ou fe fauve des plus grands dangers.
Je ne pense pas que qui que ce soit m’allégue que les raisons qui ont souventdéterminé notre nation dans les siécles passez, comme de tout tems, à soutenir les ef-forts de nos ennemis à une défensive , sussent jamais fondées fur notre foiblesse , m® 15plutôt fur fur celle des Généraux, & cela presque toujours. Ceux qui s’y font vûsquelquefois nécessitez sentoient bien qu’ils éìoient capables de soutenir quelque tems ctpersonnage, pour en jouer un autre selon l’occasion.
Avant que de régler l’état d’une guerre dans un païs qu’on ne connoît point, **fuit, avant que de s’y déterminer, l’envoier reconnoître par des gens qui ne se conno»'sent pas eux-mêmes, pour voir à leur retour s’ils s’accordent dans les Mémoires qu’o*’ 1exige d’eux. Il s’en trouve bien peu qui soient capables de ces fortes d’emplois, q u ‘demandent des connoi stances peu communes. Beaucoup de ceux qui intriguent p oufêtre emploiez ne sont pas tous capables de s’acquiter d’une semblable commissmn; &lorsque ceux qui les proposent ne passent pas pour habiles, on doit extrem einent s ’ en
défier: