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Tome V.
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LIVRE V. CHAP. XII. z°.

ivJeveroicnt leur bagage, qui étoit autant que de les défaire, parce que fans cela une„ armée ne pouvoir subsister ; que si cela leur sembloit rude, il l àoit encore plus„ de se voir maííacrer, & leurs femmes & leurs enfans emmener en captivité pour„ servir de jouet à l’insolence du vainqueur.

Ce conseil de Vercingentorix fut généralement applaudi, & l’on mit le s eu partout dans le pais qui alloit être le théâtre de la guerre. Ce Capitaine ne vouloir pasqu’on épargnât même Bourges, la Capitale & la fureté du Berri, & l'une des plusbelles villes.des Gaules ; mais comme dans les grandes extrémitez on ne fait les cho-ses qu’à demi, les Gaulois, pour conserver cette ville, fournirent une place d’ar-mes aux Romains, qui s'en rendirent les maîtres, comme Vercingentorix leur avoirprédit. Malgré cette perte, ce célébré Chef des rebelles leur attira tant d’aífairesen les dépouillant de leurs alliez les plus fidèles, qui fe tournèrent contre eux, queCésar fe vit réduit dans les embarras les plus étranges : car le Gaulois , malgré les

avantages de César, sans sortir de son système de défensive, le réduisit enfin à aban-donner les Gaules ; que s'il eût persisté dans son dessein fans en sortir , & qu’il

n’eût donné aucun combat contre un Général qui ne pouvoit être vaincu dans une

offensive, les Gaulois fecouoient le joug. Mais Vercingentorix s’oublia tellement,qu’il voulut que la honte de la retraite de César fût marquée par une plus grandeflétrissure à fa réputation. II osa bien attaquer ce grand Capitaine dans cette fa-meuse retraite, où il sut malheureusement battu ; au lieu qu’en restant toujours furla défensive, qu’il entendoit parfaitement, il eût sauvé sa patrie & délivré les Gau-les du joug des Romains, & je doute qu’ils y sussent jamais rentrez.

Voilà un excellent modèle & une maniéré de régler l’état de la guerre contre unennemi tel que César, qu’on ne fçauroit vaincre en campagne, une défensive réglée,pleine & entière, Sc l’on doit s’y tourner lorfqu’un Prince » connoissant parfaite-ment le caractère de ses Généraux, leurs talens , leur courage & leur habileté à necombattre que lorsqu’il leur plaît, sans qu’ils puissent y être contraints , est assezheureux pour avoir des hommes d’un tel mérité, & les emploie dans cette façonde faire la guerre, on dresle tellement son plan , que celui qui en est chargé nes’en écarte jamais. Vercingentorix régla l’état de la guerre fur une campagne d'hi-ver: celles-là font rudes, mais salutaires & ruineuses au vainqueur. M. de Louvois,grand Ministre, & très-capable de régler un plan de guerre, avoit dessein d'imiterVercingentorix à l’égard de l’Alsace en 1674 , dont on dit qu’il conseilla de ne fairequ’un bûcher, pour empêcher les ennemis de s’y établir & d’y prendre des quar-tiers d’hiver : car leurs armées étoient si nombreuses, qu’il sembloit impossible quedes forces aussi inférieures que les nôtres osassent jamais se montrer pour défendrecette province. M. de Turenne, que le grand nombre d’ennemis n’effraia jamais,,fut effraié d’une résolution qui alloit à la ruine de toute une belle province.

Ce grand Capitaine fut d’un avis contraire à celui du Ministre, & régla l’étatd’une campagne d’hiver, qu’il communiqua au Roi, & lui promit de faire en sor-te que les quartiers d’hiver des Impériaux en Alsace & la conquête de cette pro-vince importante deviendraient une pure imagination par le dessein qu’il s’étoit for-mé, & les mesures qu’il s’étoit résolu de prendre: car íà campagne d'été lui avoitété très-glorieuse, quoiqu’il fût sort inférieur & presque toujours fur la défensive,aiant fait deux fois marcher ses troupes jusqu’au Nekre. „ Mais ne voulant pas en» demeurer là, après avoir si bien commencé, dit l’Historien (a) longtems incon-nu de l’Histoire des guerres de Hollande,qui est un chef-d’œuvre, ,, il envoia un

P p 5 cour-

Gatian de Courût*. I Cxpit. dans le régiment de Champagne-,