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„ courrier au Roi pour lui demander la permission d’attaqúer les ennemis, dont il„ se vantoit de rendre bon compte > séparez comme ils étoient. .11 y avoit déja„ quelque tems qu’il avoit préparé 1 esprit du Roi à cette demande : car dans le,, rems que Sa Majesté le preflòit d abandonner l’Alsace, il lui avoit mandé tout,, ce qui étoit arrivé,” cest-a-dire que les ennemis ne pourroierit pas marcher encorps faute de vivres, & qu’ainsi étant obligez de se séparer, il seroit facile de tom-ber sur leurs quartiers les uns après les autres avant qu’ils pussent s’entre-secourir. Orcomme le R Q1 . voioit l’effet de sa prédiction, il ne voulut pas refuser à, un Capitai-ne, qui prévoioit de loin, une chose qui devoit les combler de gloire l’un & l’autre;ce qui arriva: car il enleva tous leurs quartiers les uns après les autres, & chassa toutecette armée, établie en-deçà du Rhin, bien en-dela de ce fleuve , pour chercherdes quartiers ailleurs. Action mémorable ! quel dommage que ce grand homme n’aitpas écrit lui-même l’Histoire de ses campagnes, comme a fait César & tant de grandshommes, & que celle de fa Vie soit donnée à faire à des gens dont la plume n’estpas propre à décrire les actions d’un aussi grand Capitaine que celui-là !
Peut-on dire que cette formidable ligue de tous les Potentats de l’Europe con-tre la France ait été le résultat d’un profond raisonnement dans la maniéré de régler& de concerter la forme de bien conduire une guerre, & de dresser chaque campagnefur un plan fl avantageux que chacune puisse nous approcher sûrement du but qu’ons’est proposé ? Quel étoit donc ce but ? Une vraie imagination : car les plus éclairezreconnurent que leur chemin de Paris n’iroit pas bien loin , & qu’il disparoîrroitcomme une ombre, comme en effet cela arriva par faction de Dénain, qui est undes plus mémorables événemens de ceux que j’ai rapportez dans ce grand Ouvrage.
Je n'entrerai dans aucun détail fur cette matière, il faut une postérité plus recu-lée pour tirer des leçons des sautes des Alliez comme des nôtres : car personne n’ena été ni n’en sera exemt, & peu ont connu les routes qu’il falloit prendre dans labonne comme dans la mauvaise fortune par rapport à l’avantage & au désavantagédes frontières opposées ; cette connoissance, qui devroit faire l’étude, non pas seu-lement des Généraux, mais des Officiers particuliers qui se veulent rendre nécessai-res à. leur patrie , est le vrai moien de parvenir ; mais pour s’y rendre capables, ilfaut de l’étude, une certaine grandeur d’esprit & des talens, & ces talens peuvents’aquérir & Renseigner, puifqu’ils ne font autres qu’une grande passion pour les ar-mes, par la recherche de ses véritables principes: car ce qui a tant coûté des veilles& de -méditations pour les découvrir dans toutes les parties qu’elles renferment, esttrès-facile à présent à apprendre , puisque tout le trouve aujourd’hui à la portéedes esprits les plus médiocres : car le coup d’œil, qui sembloit ne pouvoir être ré-duit en principes & en méthode, qui est la partie capitale de la maniéré de réglerl’état de la guerre, se trouve comme celle-ci en état d’être enseigné; & lorsqu’ona appris l une & l’autre , où est-ce que ces deux choses ne nous mènent pas ? Onest en état de juger d'une frontière, & de régler au juste & sûrement l’état de laguerre ; & de former un projet de campagne sur des principes certains & assurez. Onpeut juger par cet Ouvrage, & les Connoisseurs en conviennent , que la maniérédont je traite la guerre est la seule qu’on doive prendre, & que j’en ai découvertles routes, fans que jusques ici aucun se soit avisé de les contester.
Le feu Roi de Suéde Charles XII. étoit fans doute un Guerrier du premier or-dre, ses talens pour le métier étoient tout-à-fait extraordinaires. j’eus l’honneur del’entretenir un jour, & cela m’arrivoit souvent, sur la méthode de régler l’état dela guerre, & en quoi consiste cette partie de l’étude des armes. M. le Comte dela Marck, alors Ambassadeur de France auprès de ce grand Prince, y étoit pré-sent.