LIVRE
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sent. Il avoua que cette matière étoit grande & nécessaire aux Généraux d’armées,aux Princes & à leurs Ministres, fans laquelle on ne sçauroit s’assûrer de rien. IIavoit raison. Je doute qu’il ne se souvint pas alors de son séjour dans la Saxe erìx70<î. qui fut peut-être la cause de tous les malheurs, & la fut en effet, fi je neme trompe : car il laissa fortifier le Czar dans la Livonie, qui après avoir pris debonnes places, eut l’cfprit de les mettre hors d’état d’être attaquées, & par-là s’af-fura la conquête d'un si beau pais; pendant que le Roi de Suéde restoit en Saxefans faire autre chose que ruiner un païs où il n’avoit plus d'ennemis à combattre.Les raisons que son Historien allègue ne sont pas capables de balancer l’inaction dece grand Guerrier, car les négociations traînent moins en longueur lorfqu'on fait débonnes conquêtes qu'en restant fans rien faire. II pouvoit bien s'imaginer que quel-que chose qu’il fît, les Polonois ne se porteroient jamais sincèrement ì le favoriserdans le dessein qu’il avoit de pénétrer jusques dans le fond de la Moscovie, & dechasser le Czar de ssa Capitale.
Lorfqu’on roule de si vastes desseins, on songe aux moiens de faire subsister sonarmée & d’avoir ses derrières libres. Les convois qui pouvoient lui venir de la Po-méranie par la Pologne, étoient incertains : un rien pouvoit les lui interdire. D’ail-leurs en laissant établir le Czar dans la Livonie, ou pour mieux dire en le laiíïàntle maître de cette belle Province, fans songer à l’en chasser, son grand projet d’al-ler à Moscou étoit une illusion toute pure ; au lieu que le Monarque Russien enpouvoit tirer de très-grands secours, & assurait fa subsistance de quelque côté quele vent tournât ; outre qu’il étoit en état de se régler sur tels mouvemens qu’ilplairait à son ennemi de faire, ou pour s’y opposer; ce. qui n’est pas un petit avan-tage. L’événement fit voir le défaut des mesures du Roi de Suéde, il n’ouvritles yeux que loríqu’il n’y avoit plus de remède, & qu’il se vit engagé dans unpaïs inconnu & désert pour courir après un ennemi, auquel rien ne manquoit, &qui le fuioit avec art & par une défensive fçavante & active, c’est-à-dire qu’il fça-voit se servir des occasions favorables pour le combattre ou pour éviter un ennemisi redoutable, en interceptant fes convois, dont presque aucun ne put arriver. Unepartie de son armée mourut de faim saute de subsistance, & l’autre périt enfin &sut anéantie à -Pultowa. L’on peut dire qu’en cette occasion le Monarque Suédoisoublia cette grande partie du métier des armes, qui est de commencer avant touteschoses de bien établir l’état de la guerre; ce qui fut la cause de cette foule de disgrâ-ces qui s’enchaînérent les unes aux autres jusqu’à fa mort..
Hérodote n’est pas fort abondant en réflexions militaires dans son Histoire ; aulieu que Thucydide en est tout rempli, & l’on voit assez qu’il étoit auífi habileGuerrier, qu’il étoit grand Historien & grand Politique. Je ne vois rien de plusinstructif & de plus admirable que fa guerre du Péloponèse. L’Empereur Charles-Qiiint avoit raison de faire fes délices de cet Auteur, il ne fait pas moins cellesdes plus habiles Guerriers. U met les Athéniens, à l’égard de la science des ar-mes , fort au-dessus des Lacédémoniens, & il a raison. On voit par la harangue dePériclés aux Athéniens, 'combien ce grand homme , qui gouvernoit les affaires defa République, excelloit dans la science des armes , & combien fa prévoiance étoitVa ste & profonde. Il régla l’état de la guerre non pour une feule campagne, maispour tout le tems qu’elle durerait j & leur dit dans fa belle harangue , que s’ilss ccartoient de ce système ils périraient & deviendraient la proie de leurs ennemis.J e ’' e / nv °ie mes Lecteurs à cette belle harangue, & à plusieurs autres qu’il fait auxAthéniens, comme à celle d’Archidamus Roi de Lacédémone aux Alliez de fa Ré-publique. Le nremier y fait voir la nécessité d’agir fur mer vigoureusement, &
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