,04 HISTOIRE DE POLYBE,
de faire tous leurs efforts pour augmenter leur marine. Il met en même tems de-vant les yeux de ses Citoiens l’ignorance de leurs ennemis dans les combats de mer»où ils n’avoient nulle expérience : » car l’art de naviger, dit-il (s), dépend plus,, de l’expérience que d’autre chose, & n’est pas de ces sciences qu’on puisse ap-„ prendre en ne s’y exerçant que médiocrement ; mais de celles qui demandent un», homme tout entier."^ Paroles remarquables, surtout à l’égard des galères, dontles manœuvres font extremement délicates, comme l’a toujours dit le Bailli de Lan-geron, un des plus habiles Officiers Généraux de nos galères, & également éclairé& appliqué dans la guerre de terre, qu’il entend parfaitement. Périclés, qui n’étoitpas moins sçavant dans l’une que dans l’autre, conseille en même tems à sa Répu-blique d'embrasser la défensive à l'égard de la guerre de terre contre la puissance deleurs ennemis. II leur propose donc d’abandonner les environs d’Athènes. „ II ne,, faut pas appréhender, leur diíoit-il,qu’ils vous puissent arrêter par des forts. Car„ il est difficile de bloquer une ville aussi puissante que celle-ci, quand elle a les„ armes à la main. Je sçai bien qu’en mettant garnison sur nos frontières, ils peu-», vent ravager notre pais, & donner une retraite à nos esclaves j mais ils ne peu-», vent empecher nos armées navales d’aller ravager leurs côtes, & de nous apportery, des vivres.”
Voilà ce qui m’a pû venir à l’efprit de la partie de la science désarmés queFron-tin a traitée, qui n’est pas venue jusqu’à nous, & dont M. de Montécuculi en aà peine donné l’idée. Je l’ai poussée beaucoup plus loin , fans prétendre l’avoirépuisée. Je n’en suis ni l’auteur ni l’inventeur ; mais il est certain qu’elle nous étoitinconnue , ou du moins qui que ce soit ne l’avoit traitée , & je ne crains pas
qu’aucun s’avise de me traiter de novateur sur cette matiére-là : car fï les novateursou les inventeurs de systèmes ou de méthodes font quelquefois dangereux, les imi-tateurs ou les routineurs sont-ils moins à craindre ? La routine ne marque-t-elle pointde la paresse ou médiocrité 'd’étude & d’expérience. Passons à une autre matière ,elle regarde les ponts pour le passage des grandes rivières,
§. V.
Des pents & des bateaux des Anciens pour le pajsage des grandes rivières. Uoriginemus en est inconnue. Leur méthode étoit la même que celle que mus JuivonSaujourd'hui. Pont de Darm S" de Xerxes Jur le Bosphore de Thrace.
S ’II en faut croire Hérodote , du tems de Crésus Roi de Lydie on ignoroit laconstruction des ponts de bateaux fur les grandes rivières, comme le Tibre &l’Euphrate, pour le passage des armées. Je les crois pourtant plus anciens que 1®tems de Crésus. Ecoutons l’Historien Grec. „ Quand il fut arrivé fur le rivage», d’Halis, dit-il, je crois qu’il fit passer les troupes furies ponts qui étoient bâtis„ fur cette rivière, où, s'il en faut croire les Grecs, T halés Milésien leur donna„ les moiens d’y faire passer son armée. Car comme Crésus étoit en doute paf», quel endroit de ce fleuve il feroit passer ses gens,n’y aiant point encore de ponts,» pour favoriser son passage, on dit que Thalés, qui étoit alors dans son camp »>» conseilla de faire en sorte que le fleuve , qui couloit à la gauche de l’armée ,
(a) Thucytl. I. «.