LIVRE V. CHAP. XII.
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jj coulât auíïì à la droite ; pour en venir à bout on se servit de cette invention.’„ On fit faire au-deíTus du camp un grand folle en forme de croissant, que l’ar-
mée avoit à dos dans la situation où elle étoit,dans lequel on pût attirer le fleu-„ ve, & d’où on le fit revenir dans son lit quand l’armée seroit passée : de sorte„ q ue le fleuve aiant été divisé,par ce moien on le rendit aisément guéable de part,, & d’autre.
Par ce que je viens de dire on pourroit croire que l'usage des ponts de bateauxpour le passage des armées n’étoit point connu du tems de Crésus ; ce que je nesçaurois guéres me persuader, par ce que ces sortes de choses viennent assez naturel"lement à l’efprit. D’ailleurs Sémiramis, Reine conquérante , dont 1a vie toute mi-litaire & ses autres actions tiennent un peu du roman, & qui vivoit longtems avantCrésus ; cette Reine dans son expédition dans les Indes fit construire un grandnombre de bateaux d'une invention assez particulière, dit Diodore de Sicile, qui separtageoient en deux & qui s’emboîtoient facilement pour les transporter plus com-modément , hachant bien qu’elle en auroit grand besoin pour traverser l’Indus, quiétoit un fleuve d’une largeur prodigieuse, sur lequel elle fit passer toute son armée,& qu’elle couvrit des deux cotez pour s'assurer une retraite , au cas que son expédi-tion ne tournât pas à son avantage : précaution qui lui fut sort salutaire : car son ar-mée sut mise en déroute & réduite à repasser 1 Indus, & à s en retourner debiffee &en grand désordre.
Cet exemple me seroit croire que Crésus détourna le cours de l’Halys faute de ba-teaux , & qu’il se trouva trop pressé pour en faire construire, outre qu’on ne ren-contre pas toujours des bois propres pour ces sortes d’ouvrages. Cela me persuadeque les ponts de bateaux ont une origine plus reculée que celle du tems de Sémira-mis, puisque Diodore ne dit pas que ce pont dressé fur l’Indus fût une chose nou-yelle. II paroít par Hérodote que Xerxés fit dresser un pont de bateaux fur le fleu-ve Stryman en allant faire la guerre contre les Grecs, & qu’il en fit dresser furtoutes les rivières fur la route de l’Hélespont, non seulement pour le passage de sestroupes, mais encore pour la commodité des vivres qu’il faisoit venir de tous cotezpour la subsistance de son armée. L’Auteur n’explique pas si ces ponts étoient debateaux,il dit seulement „ qu’il fit tenir des cordages prêts, & tout ce qui étoit né-cessaire pour l’entretien de ces ponts. Les ponts de cordes étoient ignorez des An-ciens. II y a lieu de croire qu'ils étoient composez de plusieurs bateaux commecelui qu’il dressa fur l’Hélespont: car bien qu’Artaxerxés eût fait fur un bras duNil, dans fa guerre contre les Egyptiens qui s’étoient révoltez, ce que Crésus fitfur le fleuve Halys, cela ne prouveroit pas que les Perses eussent sitôt oublié lesponts de bateaux de Darius & de Xerxés. C’est Thucydide (a) qui nous apprendce passage du Nil par Artaxerxés, l’éxemple est trop curieux pour être écarté dansun Ouvrage comme celui-ci.
Les Egyptiens s’étant révoltez, & aiant appelle les Grecs à leur secours, „ Ar-», taxerxés envola une grande armée en Egypte sous le commandement d'un autre„ Megabaze fils de Zopyre, qui prenant fa marche par terre, vainquit en bataille„ rangée les Egyptiens & leurs alliez, chassa les Grecs de Memphys, & les aiant„ enfermez dans une Isle, les y tint assiégez dix-huit mois, tant qu’aiant détour-„ né le cours du fleuve, il mit leurs vaisseaux à sec ,& passant à pied dans l'Ifle i es» défit. Ainsi surent ruinées les affaires de la Grèce en Egypte, après y avoir" fleuri six ans, & tous ceux qui v étoient allez y périrent , à la réserve dequelqnes-uns qui se sauvèrent à Cyrène.
-D’ Abîme, dans Thncyd. I. 1.lom. v,
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