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Tome V.
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jo<r HISTOIRE DÉ POLYBE,

Dariiis allant faire la guerre aux Scythes, fit construire un pont de bateau# 011<dfe Vaisseaux fur le Bosphore de Thrace près de Chalcédoine, qui est utv détroit démer sort peu large, & qui sépare la Thrace de l’Asie Mineure, que nous appel-ions aujourd’hui le détroit de Constantinople ou canal de là mer Noire , & qui

communique à la mer de Marmora, où il y a un coúrant. Ce pont étoit déquatre stades de longueur, & ce courant rendoit l'entreprise plus difficile, celui quien fut l’inventeur ou qu’il chargea de l'exécution étoit un homme de Samos, ditHérodote dans son Livre IV. nommé Mandrodes, Darius le récompensa en Roi,& lui donna dix sois le double de ce que le pont coûtoit ; apparemment que lerriêjme Mandrocleî fut chargé de celui du Danube où Darius se porta pour entrerdans la Scythie, & je fuis persuadé que ce fameux pont sur un si grand fleuvedevoir être de plus de quatre stades à l’endroit où l’armée de ce Prince traversa cefleuve pour entrer dans la Scythie. Je m’étonne qu'Hérodote, qui se plaisoit tantstu merveilleux, ne se soit pas arrêté plutôt à celui-ci beaucoup plus impétueux, &qui devoir avoir tout au moins quatre stades de largeur, l’aiant passé près de sonembouchure, qu’à Pautre beaucoup plus aisé dans un tems calme, & peut-être qu’ilpouvoir obtenir lans être pratiquable dans un mauvais tems , à cause qu’il salloitôter les poutres qui joignoient d’un vaisseau à Pautre. Hérodote ne nous apprendpas si Darius ne rompit pas son pont , après y avoir passé son armée pour le re-mettre à son retour ; je conjecture qu’il ne le fit pas, puisque son dessein étoitde repasser le détroit après son expédition qui ne lui fut pas sort heureuse, car s’ilne se fût retiré à la hâte des déserts de la Scythie où il s’étoit engagé, & que lanuit n’eût favorisé sa retraite qui lui fit gagner une marche sur ses ennemis, il n’eûtjamais repassé son pont du Danube, & il pouvoir dire qu’il dût son salut auxânes de son armée : non à cès ânes qui proposent toujours des sotises ou des entre-prises insensées qui n'ont pour objet aucun but solide, mais à des ânes au sens litté-ral au rapport d’Hérodote, qui nous apprend que Darius aiant été informé que lesScythes avoient dessein fur son pont du Danube, Gobrias lui conseilla sagement desonger promptement à sa retraite, sans autrement délibérer, qu’il n’y avoir rien Igagner contre un peuple pauvre & misérable, qui n’avoit ni villes , ni bourgs, nivillages, & qui sembloient se jouer de lui. Darius vit l’extrémité où il se trouvoit& la grandeur de fa folie, il suivit le conseil de Gobrias. „ Je fuis d’avis, lui ditn ce sage Officier , qu’on allume des feux dans le camp, qu’on fasse les autres cho-,, ses accoutumées ; qu’on y laisse même les ânes attachez , & que pour mieux trom-„ per l’ennemi, on y laisse les moins considérables de vos gens. Ce que le Roi„ de Perse ne manqua pas de faire, & quand la nuit fut venue, il laissa dans le„ camp tous les ânes pour épouvanter par leurs braiemens les chevaux des Scythes, ”& ces animaux s’en acquittèrent merveilleusement bien , ce qui trompa les ennemisqui crurent que toute l’armée étoit dans le camp.

La guerre de Xerxés contre les Grecs étoit plus solide & plus sensée, & sut enco-re plus honteuse, s’il eût moins amené d’hommes que de soldats il eût conquis laGrèce» Cette guerre est le chef-d’œuvre d’Hérodote. Le pont que ce Prince fitfaire fur le Bosphore de Thrace, à limitation de celui de Darius, est sort célébré dansfhistoire, l’Auteur Grec en donne la description, & nous représente Xerxés furiepied d’un Prince lâche & cruel, & c'est l'ordinaire des lâches a être cruels, commeTacite le dit de Néron, „ qu’il étoit cruel afin de paraître vaillant.

On tenta d’abord des ponts ridicules pour passer le détroit, & ce furent les Phé-niciens & les Egyptiens qui se mêlèrent de cette entreprise pour leurs péchez, „ ces„ premiers avcc des cordages, & les autres avec des joncs depuis Abyde jusqu’à

l’au-

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