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Tome V.
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LIVRE V. CHAP. XIV. z-.r

servi sous Demetrius Sc Antigonus, avoient quelque connoissance dela vraie maniéré de faire la guerre. Aussi, mirent-ils toute leur applica-tion à bien dresser les soldats.

D’abord ils les distingérent par nation & par âge. Ils leur firentquitter leurs anciennes armes, Sc leur Ça) en donnèrent de nouvelles

selon

8t de les attirer à leur service par de grands avan-tages, est toute des plus fines & des plus pruden-tes. Que cela soit contraire à l’honnête de s’en-lever ainli réciproquement leurs meilleurs sujetsmecontens ou mal récompensez, je n’ai garde del’assûrer. On se souviendra des maximesde ceuxqui gouvernoient à Lacédémone 8c à Athènes.Plutarque nous les apprend. II eût pû mettre enjeu ceux qui gouvernoient en Egypte, en Asie,à Carthage, & presque dans tout le monde en-entier. 11 y a même apparence qu’on les pra-tiquera tant qu’il y aura des Princes 8c des Ré-publiques au monde. Les Lacédémoniens ne re-connoiíloient d’autre justice, nul plus grand bienque celui qui aidoit à l’agrandiisement de l’Etat,8c c’étoit parmi eux „ la réglé & la meíhre du

droit 8c de l’honnête, dit un Auteur , 8c si u-,» ne chose etoit utile au public, elle passoit dès-„ là pour légitime. C’étoit marcher dans la rec-titude morale du Prince, que de ne se point re-lâcher de cet admirable principe. Sur ce pied-làje prens droit de conclure, qu’un Prince fait fortprudemment d’attirer à ion service tout ce qu’ily a de meilleurs Officiers’ dans les troupes de sesvoisins, 8c l’on peut dire que le Ministre de Pro-ie m ée fit le trait d’un très habile homme Tout•autre que lui se fût trouvé très-embarassé. Com-bien s’en trouve-t-il qui l’on t imité? Ceux quine l’ont pas fait s'en sont maltvouvez.il n’y a pourtant rien de plus facile, puisqu’>1 arrive affiez souventque les gens du premier mérite 8c a grands talensíe trouvent éloignez des honneurs 8c des bien-faits du Prince, & éprouvent même tous les dé-goûts imaginables.

Le Maître de Sosibe passoit tout son tems àjouer du tabourin 8c dans la crapule, il ne pensejamais à conserver ses bons Officiers, 8c laissatomber & corrompre la discipline militaire. UneCourtiíànne 8c une foule de Petits-Maîtres très-corrompus, qui composoient toute fa Cour, é-toient-ils gens à lui inspirer de bons scntimens,& à lui donner de bons conseils ? Si Sosibe eûtpris plutôt le timon des affaires, il lui eût apprisqu’un Prince doit conserver autant qu’il peut dansla paix des Officiers qui l’ont servi pendant laguerre, Sc qu’en s’en privant, ou les laissant fansrécompense, ou fans en faire un grand cas; lesuns se dégoûtent, les autres vont chercher 1aguerre ailleurs, ou négligent la discipline miìitai-re ' & les bons écoutent les propositions des é-trangers Quoiqu’il en soit, son Ministre ne trou-Va ni Officiers, ni soldats, ni homme qui valûtP°ur mettre à la tête des armées. La cervelle eût

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tourné à tout autre qu’à Sosibe. 11 eut íà ressour-ce dans les étrangers, 8c attira en Egypte lesmeilleurs Officiers 8c les plus expérimentez de laGréce, qui avoient servi fous deux habiles Chefsde Guerre, Demetrius 8c Antigonus. Apparem-ment que les successeurs de ces deux grands Maî-tres, n’en aiant eu aucun besoin, ne leur avo:entpas témoigné toute la reconnoiïïance qu’ils méri-toient , de sorte qu’ils les laissèrent pour êtrebeaucoup mieux ailleurs: perte irréparable. Carun Prince qui s’en dépouille ne sçauroit cn faireune plus grande. U est aise de trouver des hom-mes, 8c très-mal aisé, après les avoir ameutez .d’en faire des soldats, 8c ceux qui en sont capa-bles sont auffi rares que ceux qui doivent les com-mander. Sosibe attira ou débaucha tous ces gens-là, ce quiíàuva l’Egypte 8c faillit à causer la perted’Antiochus : car il trouva les Egyptiens aussi bienexercez, 8c plus même que ses propres troupes,8c des Officiers excellens accoutumez aux occa-fions.

Les Rois de Perse ont été les mieux pourvûsde bons Officiers , 8c par conséquent de bravessoldats 8c d’habiles Généraux. Auffi ils ne négli-geoient rien pour en avoir des uns 8c des autres.Les mecontens de la Gréce y trouvoient toujoursun azyle honorable, 8c des emplois conformes àleur mérite. Thémistoclcs fut dignement récom-pensé. Ce giand homme étant persécuté par sesCitoiens jusqu’au point qu’on en vouloit à íà vie,se retira auprès d’Artaxerxés Roi de Perse, auquelPlutarque fait dire ces paroles remarquables, qu’ilprioit -, son Dieu Arimanius d’envoier toujours» à ses ennemis de semblables pensees, 8c de les,, porter à sc défaire de leurs plus grands peri’on-,, nages.

(a) lis leurs firent quitter leurs anciennes armes,A leur en donnèrent de nouvelles selon qu'el/es con-venaient a chacun. ] Ce passage de mon Auteurest fort remarquable, 8c me semble si bon 8c ildigne d être observé des Princes 8c des hommesd’Etat, que je ne puis me dispenser d’y faire quel-ques réflexions. II y a de quoi .admirer la forcedes préjugez de la coutume à l’égard de certainstriages, de certaines pratiques, & certaines mo-des qui ion t quelquefois capables de nous préci-piter dans les plus grandes infortunes. Je me bor-ne ici aux seuls usages qui regardent 1a guerre,íoit dans la nature des armes, ou dans la façonde se ranger 8c de combattre, ce qui n’est pas u-ne chose de peu d’importance ; car souvent l’a-bandon de certaines armes íur la bonté desquel-les on n’auia pas réfléchi, ou notre opiniâtreté àS f con-