j,* HISTOIRE DE POLYBE,
cienfte méthode des Egyptiens. Je ne vois rien de plus sage que cela, & qui soitplus digne d’être proposé comme une bonne leçon à ceux qui sont chargez des af-faires de la guerre : car Ce que Ptolémée ou ses deux Ministres font , Pierre leGrand Czar de Russie, l’a fait fans beaucoup de peine. La coutume, dit-on, estune piéce de si grande résistance à qui la voudroit battre de front,qu’il n’y a pointde batterie qui ne blanchît & ne rebouchât contre : il faut y aller pied à pied &comme à la sappe. Je le croirais assez pour certaines coutumes généralement re-çues, sc qui ne regardent pas la guerre,'mais dans celle-ci il ne faut qu une ordon-nance du Prince pour tout changer : car il n’y a rien de moins peuple que lesgens de guerre.
Notre Auteur nous fait paraître Sosibe comme un homme d’une prévoiance ex-traordinaire. Car bien qu’il jugeât la guerre nécessaire & inévitable, il agit pour-tant très-prudemment, en tâchant d’empêcher qu’on s’y embarquât sitôt. Il vou-loir mettre la discipline militaire sur un meilleur pied, & introduire celle des Grecs,leur tactique & leurs armes, ce qui n’étoit pas une affaire d’un jour & peu impor-tante. Il jugea bien qu’un Etat ne pouvoir être de longue durée, & succombe-rait infailliblement dans une guerre, si l’on ne commençoit par l’introduction d’unebonne discipline dans les troupes Egyptiennes, & il n’y avoir que la paix qui pûtle favoriser dans un si grand dessein. Mais comme il vit le moment que son Maî-tre alloit avoir toutes les forces d’Antiochus fur les bras, il mit en œuvre - toutesles ruses de fa politique ppur tromper Antiochus , en négociant & en intriguantperpétuellement pour tromper ses Ministres par des propositions de paix; machinesdont les plus habiles Ministres comme les plus grands guerriers se sont toujours ser-vis fort utilement,pour éloigner la guerre de quelques campagnes, lorsqu’ils n’avo-ient pas le terns de s’y préparer. C’étoit aussi celle de Pyrrhus, & du Cardinalde Richelieu, qui trouva parfaitement bonne la maxime d’Euripide , que tout ceque l’on peut faire avec le tranchant de l’épée , on le peut faire aussi avec des pa-roles , ou du moins lorsqu’on n’est pas encore en état d’assener de bons coups.
Cette guerre d’Antiochus & de Ptolémée, n’est pas Pendrait le moins intéressantde l’Histoire de mon Auteur. Les Plénipotentiaires de celui-ci firent paraître au-tant d’adresse & de conduite qu’il en parût peu dans ceux du premier, qui furentla dupe des autres. Sosibe ne cherchoit qu’à gagner du tems, comme je viens dele dire,&faifoit ses préparatifs avec beaucoup de secret;mais cela n’empêchepas queje ne sois extrêmement surpris qu’Antiochus n’en eût aucunes nouvelles : ce quime donne une grande idée du Ministre Egyptien. En examinant fa conduite &ses allures dans la guerre, comme dans les affaires de politique, il n’est pas difficiled’en connoître le caractère & d’en faire le portrait, puisqu’il joue un si grand rôledans ce cinquième Livre de Polybe. C’étoit un homme de tête , hardi & entre-prenant, politique rafiné, fertile en expédiera, d’un esprit fin, couvert & rusé, &d’une prévoiance sans bornes, qui sçavoit concevoir & concerter un dessein & lesuivre avec fermeté sans se laisser abattre, ni céder à la mauvaise fortune. Habiledans le choix des sujets pour l’exécution de ses entreprises, recevant volontiers lesconseils dans les choses où il manquoit d’expérience, fans aucune jalousie ni hainecontre ceux, qui comme lui, étoient chargez de la conduite de cette guerre ;considérant bien moins les vices & les défauts du Prince, capables de lui attirer lemépris & la haine de ses sujets, que le bien de l’Etat, n’aiant à se reprocher dansson administration que la perfidie dont il usa envers Cîéoméne , dont la personnelui devoit être sacrée & inviolable : au reste d’une audace & d’une hardiesse surpre-nante dans ce q^’il avoir une fois résolu par la connoissance qu’il avoit du fond