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Tome V.
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LIVRE V. CHAP. XV. 335

des affaires & des ressources, qui font ordinairement cachées aux politiques timides& chagrins, gens qui ne voient que des difficultez & des embarras en apparenceinsurmontables à faire la guerre au moindre revers de fortune , quoiqu’ils pussenttrouver des moiens & des fonds pour la soutenir, & des hommes habiles & éclai-rez pour être mis à la tête des armées. 11 n’y a rien de plus aisé que de décou-vrir le mérite,lorsqu’on veut se donner la peine de le chercher & de le déméler dela foule, & pousser jusqu’à lui.

Sosibe fut si heureux dans le choix des Officiers généraux qu’il voulut emploierdans cette guerre, chacun selon ses talens, il se conduisit avec tant d’ndresse, d’ar-rifice & de dextérité dans sa politique, eh amusant les Ministres d’Antiochus pardes propositions de paix, qu’il eut tout le tems nécessaire pour armer fur mer &fur terre, discipliner ses troupes , & attirer à son service un corps considérable desoldats étrangers & d’excellens Officiers. Àntiochus fit tout le contraire, il négli-gea la discipline militaire pendant tout le tems que ses troupes restèrent dans leursquartiers d’hiver. Car enfin, dit Végéce, puisqu’il en faut faire toujours les frais,ceci mérite d’être remarqué des hommes d’Etat , une armée bien disciplinée necoûte pas plus à entretenir qu’une qui ne 1 est point du tout : ISsam cum eafdemexpensas faciat , & diligenter & negligenter exercitus ordinams , non folum prœsintibus,fed etiam futuris semlis proficiet. Enfin Antiochus se gouverna dans la guerre com-me si la paix eût été signée, jurée & cimentée des fermens les plus solemnels, &qu’il n’eût rien à craindre d’un ennemi fin & rusé, & d’un Roi autant gouvernépar ses vices qu’il l’étoit par le pouvoir & l'habileté de ses Ministres, ausquels ils’étoit absolument livré; ce qui est un bonheur plutôt qu’une preuve de la sagessed’un Prince mol & efféminé, d’un sort petit génie, & incapable de gouverner parlui-même ; mais heureux par la grande habileté & la sagesse de ses Ministres. I]est surprenant qu’Antiochus & ceux de son Conseil, qui sembloient être fort éclai-rez , aient pû donner dans une telle ruse de politique : car lorsqu’on négocie long-tems fans convenir de rien, & qu’on rejette ce que l’on a auparavant accordé parde nouvelles difficultez qu’on fait naître ; c’est une marque qu’on n’a d’autres vûesque celles de nous surprendre & de gagner du tems pour se préparer à la guerre. SiAntiochus eût pénétré l’artifice des Ministres de Ptolémée, il se trouvoit dans unepleine espérance de subjuguer toute la basse Syrie.

Dans la guerre qui survint en entre la France & Edouard II. Roi d’An-

gleterre, pour un château que Hugues Seigneur de Montpezat avoit bâti fur unterrain que ce Seigneur prétendoit être dans les terres du Roi d'A ngleterre dans laGuienne, & que le Roi de France Charles le Bel íòutenoit être dans celles de íàdépendance, ce procès aiant été jugé au Parlement de Paris, le Roi de Francele gagna, & donna auffi-tôt ordre qu’on attaquât le château, qui fut pris. Le Sei-gneur de Montpezat ne crut pas de la dignité de son Maître de souffrir une pareilleinsulte, il assembla un corps considérable"de troupes, vint assiéger le château, l’em-porta, & fit passer au fil de l’épée les François qui le dcsendoient. Le Roi de Fran-ce, après un coup d’un tel éclat, envoia faire ses plaintes au Roi d’Angleterre , &lui demanda satisfaction d’une telle injure. Comme Edouard n’étoit pas en étatd’entrer aussitôt en guerre, & qu’il íalloit faire des préparatifs, il fit passer EdmondComte de Kent en France, moins pour faire satisfaction à Charles que pour l’amuserpar des propositions d’accommodement fous divers prétextes. Le Roi de France ju-gea qu’on vouloir traîner les affaires en longueur, afin d’avoir le tems de se prépa-rer à la guerre, & de parler plus haut lorsqu’on seroit en état de la faire. ,, Lej) Seigneur d’Arrablai sut averti, dit le Pire Daniel , que l;s yînúois remplissaient

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