34 o HISTOIRE DE POLYBE,
„ cens voiles, comme écrit Phanodémus, ou avec trois cens cinquante, si l’on s’en rap-„ porte à Ephorus, & dans ce combat naval ils ne firent rien qui répondît à de si,, grandes forces: car tournant d’abord leurs proues vers la terre, les premiers qui„ purent en approcher s’y jettérent, & se retirèrent dans l’armée de terre qui étoit„ en bataille assez près du rivage, & les autres qui tombèrent entre les mains des Grecs,,, surent fort maltraitez, & une preuve certaine que les vaisseaux des Barbares é-„ toient en très-grand nombre, c’est que bien qu’il y en eût beaucoup qui se sau-„ vérent, comme cela est vraisemblable, & beaucoup d’autres qui surent brisez &,, coulez à fond, les Athéniens ne laissèrent pas d’en prendre deux cens.
„ Après cette défaite de la flotte, l’armée de terre s’approcha du rivage. Cimon,, trouvoit que c’étoit une entreprise très-hazardeuse que de tenter une décente en„ présence de l’ennemi, & de mener des troupes déja fatiguées & affoiblies contre„ des troupes fraîches & supérieures en nombre. INI ais volant que le courage de„ ses soldats étoit infiniment relevé par leur première victoire, que leurs forces en„ étoient même augmentées, & qu ils ne demandoient qu’à être lâchez contre les Bar-„ bares,il fit décendre son infanterie pesamment armée, encore toute chaude du combat.y , Cette infanterie saute à terre avec de grands cris , & se jette impétueusement
„ sur les Perses. Ceux-ci les reçoivent avec courage, & soutiennent le premier„ choc sans s'ébranler. Le combat fut rude, beaucoup des plus braves Athéniens„ & des plus considérables y surent tuez; enfin après de grands efforts les Grecs„ rompirent les Barbares, les mirent en fuite, & en firent un grand carnage. Tout,, ce qui ne périt pas par l’épée fut pris, & on se rendit maître de leurs pavillons,„ qui étoient remplis de toutes sortes de richesses.
Je n’ai aucune observation à faire sur l’attaque des hauteurs & des détroits de mon-tagnes, j'en ai aflez amplement traité dans les Volumes précédens. J’avoue pourtantque je n’ai pas épuisé la matière , la guerre des montagnes étant la partie de lascience des armes la plus difficile & la plus étendue, à cause de la variété des lieux,qui changeant à chaque pas que l’on fait, nous oblige à tout moment de changerles ordres ; mais comme mon système des colonnes s’accommode à tout, les dispo-sitions sont plus aiséts & plus simples. On peut voir dans mes Observations fur lamarche d’Annibal dans les Alpes, non seulement les précautions qu’il faut prendrepour n’être pas forcé dans un défilé de montagnes, mais encore la méthode d’yfaire combattre la cavalerie comme l’infanterie, lorsque le païs le permet : chose assezrare pourtant à Végard de la première, qui n’est pas d’un grand usage dans ces sortesde situations, si ce n’est dans de grandes & spacieuses vallées, c’est-à-dire dans cel-les qui versent dans les grandes plaines : car les vallées font comme les grands fleuvesqui fe déchargent dans la mer, qui sont toujours très-largesà leur embouchure. Dansces sortes de situations on doit observer de mettre la cavalerie au centre, entrelassée decolonnes de deux ou trois sections chacune, & l’infanterie au centre rangée par co-lonnes, & fe garder de combattre fur plusieurs lignes redoublées, mais seulement furdeux & une réserve : & plutôt que de combattre sur quatre dans ces lieux resserrez ,on doit former des colonnes de trois ou quatre sections à la première comme à la se-conde ligne ; & pendant que l’une attaquera la première ligne ennemie, que cette at-taque serve de signal à la seconde, qui passant entre les intervales des bataillons enne-mis, ira tomber en même tems fur ceux de la seconde, pour n’en pas faire à deuxfois ; c’est, ce me semble, tout ce qu’on peut faire de mieux : car si une fois cesdeux lignes font renversées, ce qui ne fçauroit manquer d’arriver,. vû le poids & riviolence du choc des colonnes, les lignes qu’elles ont en queue & qui les soutien-nent ne sçauroient s’empêcher d’être rompues & renversées par k déroute & le nom-bre