548 HISTOIRE DE POLYBE,
qu’il n’y a plus moien d’y tenir; outre que les éclats des pierres blessent une infinitéde personnes, fans compter la facilité de les jetter bas en très-peu de tems ; au lieu quele canon dans un mur de brique ne fait qu’un trou guéres plus large que le boulet fansle moindre écart. Voilà l’avantage des massons de brique, que l’on doit préférer àcelles qui font de pierre de taille ou de moilon.
Ceux qui craignent d’être attaquez dans une maison où ils ont été postez, ou que lanécessité les oblige de défendre, ont des mesures à garder & des précautions à pren-dre. II faut plus de bon sens que d’expérience, loríqu’on est assuré de la valeur &de la bonne volonté des soldats. Le plus grand danger est le feu : car si elle étoit cou-verte de chaume ou de planches, il n’y a pas de meilleur remède que de jetter bas letoît, du moins le chaume, & le brûler tout aussitôt, de peur que l’ennemi ne s’enserve contre la maison même. II est bon de lui enlever cet avantage. Après cela onvisitera la maison, pour percer des crénaux tout autour k deux ou trois pieds de dis-tance l’un de l’autre, de trois ou quatre pouces de diamètre, & surtout aux angles.Je les mets près»à-près pour empêcher que l’ennemi n’applique des échelles entre deuxcrénaux pour monter fur le toît, comme il arriva à Logbasis : car pendant que lesuns attaquoient les portes, dit Polybe, les autres montèrent fur le toît, Sc assom-mèrent ou tuèrent d’en haut à coups de tuilles ceux qui la défendoient, pendantque les autres étoient occupez en bas à la défense des portes, qui furent enfoncées.C'est pour cette raison que bien que le toît soit couvert de tuilles, je proposed’y faire de grandes ouvertures & de s’y échafauder, pour être en état de bien re-cevoir à coups d’épées ou de halebardes ceux qui tâcheroient de monter dessus. Ilfaut avoir fait encore une bonne provision de grosses pierres pour les jetter fur lesassaillans, & surtout du côté des angles, par où on les fappe ordinairement ; ce queje n’ai pourtant vû ni ouï dire qu’on eût jamais pratiqué, bien que j’aie trouvéplusieurs exemples dans l’Histoire de ces fortes d’actions.
Voilà ce qui regarde le haut lorsqu’il n’y a qu’un étage. Celui du rez-de-chausséene doit pas moins être gardé que l’autre d’en haut; mais les crénaux doivent être per-cez fort haut, de crainte que l’ennemi ne s’en rende le maître en fourrant ses ar-mes dedans. C’est ce qui arrive ordinairement aux Officiers fans expérience. Ostdoit les percer à sept pieds & demi ou huit pieds du rez-de-chaussée, avec desbanquettes de planches ou de fascinages, afin que les crénaux fe trouvent alors àhauteur d’appui : car il faut bien prendre garde que ce qu’on appelle hauteur d’ap-pui en termes militaires, est fort différent de la hauteur d'appui en architecture,qui n’est élevé qu’autant qu’il est nécessaire pour y mettre les coudes ; au lieuqu’il faut créneler lè mur à environ quatre pieds & demi de la banquette en haut.Il ne faut pas moins percer les portes à la même hauteur, & les barricader dúmieux qu’il fera possible, Sc cet endroit est fans difficulté le plus difficile à dé-fendre, par là raison qu’il est aisé d’y mettre le feu en fe coulant , & fe baissantlè long du mur pour n’être pas vus de ceux qui fe défendent. Pour moi je pen-se que si je me trouvois en pareil cas, je fermerais ou boucherais ma porte , &
surtout lorsqu’elle est grande, par un ou déuxr arbres entiers avec toutes leurs bran-ches, dont j'aiguiserais les bouts ou la pointe pour empêcher l’ennemi d’en appro-cher, & je garnirais ce retranchement d’un bon nombre de íufeliers; ce qui vautîstieux que la porte du monde la mieux barricadée.
Si l’on avoir le tems de lever terra, je voudrais tirer un fossé tout autour <J6trois pieds dé profondeur dans l’întérieur de la maison , à deux pieds & demi en
deçàîe long d u mur, & large de six pieds, & percer des crénaux à un pied de
hauteur le long du bas de la muraille Sc dû rez-de-chaussée. Ces crénaux feront per-cez’