LIVRE V. CHAP. XVI: , 43
ctz vís-à-vis & entre les intervales de ceux d’en haut, & par dessous la banquette.Ces crénaux voient les pieds des ennemis avec cet avantage,que ceux du dehors nepeuvent voir ceux du dedans, qui les voient fans être vûs,fans qu'il leur soit possi-ble de mettre leurs armes dans ces crénaux pour être trop bas. Cet avantage estd’autant plus considérable, que l’ennemi ne sçauroit approcher ni sapper le mur sansêtre exposé au feu d’en haut, & â celui des crénaux d’en bas.
J’ ai observé cette méthode en 1708 . à l’Eglise de Leffingue, dont j 'avois eu legouvernement, que je fortifiai, en attendant que le village, dont on vouloir faireune place de guerre, fût en état de défense, & où je pusse me retirer avec troisbataillons quej’avois à mes ordres, au cas qu’il prit envie aux ennemis, qui éto-íent alors occupez au siège de Lille, de me venir attaquer; & comme ce poste ,dont j'a vois proposé l’attaque, étoit d’une extrême importance, je me hâtai de lemettre hors d’insulte, aiant été averti qu’ils avoient dessein fur moi; mais commeils apprirent qu’il. n’y avoir pas moien de me forcer fans canon , & que presque toutle pais aux environs étoit fous l’eau, ils ne jugèrent pas à propos de tenter l’avanture.
La prudence exige, lorsqu’il s’agit d’attaquer une maison isolée dans un villageou en pleine campagne, d’y faire marcher du canon de six ou de huit livres de baie, depeur d’y perdre inutilement son tems : car le succès d une insulte de cette natureétant toujours fort incertain, lorfqu’on a affaire à des soldats résolus & déterminezz se bien défendre, il vaut mieux aller au plus fur, les faire sommer: & s'ils nefont pas d’humeur à capituler, il faut faire battre le mur par les angles , ce quiest une affaire d’un moment. Si l’on n’a pas du canon, le meilleur expédient estde faire un grand feu aux crénaux , pendant qu’avec des échelles on tâchera demonter fur le toit, de l’onvrir, 8 c de tirer d’en haut fur ceux du dedans,ou deles assommer à coups de tuilles ; ce qui ne peut guéres se faire sans danger, 8 cmême fans- désavantage , si ceux du dedans ont ouvert eux-mêmes le toit pour ti-rer d’en bas contre ceux qui feraient montez par dessus, qui ne peuvent guéres ti-rer fans embarras, outre qu’ils sont vus & choisis de ceux d’en bas, dont il n’y apas un coup d’inutile. Ajoutez que ceux qui montent par les échelles font vusdes crénaux , qu’ils ne. peuvent éviter lorsqu’ils sont percez à deux pieds l’un del’autre.
Lorsqu’on défend une maison ou il y a une cour, & une ou deux portes co-chéres , on doit se tenir dans la cour, occuper tous les corps de logis qui l’enfer--ment, & créneler non seulement les murs du côté de la campagne, mais encoreceux qui voient dans la cour; asin que si l’ennemi venoit à se rendre maître dela cour, on pût se retirer dans l’étage du rez-de-chaussée & dans celui d’en haut,pour tirer de toutes parts-fur ceux qui seront entrez, comme cela arriva à l’attaquede la caísine de la Bouline ou de Moscolini en 1705. la nuit du dernier de Maiau premier de Juin. Mais je crois que le meilleur moien pour n’être pas forcéaux portes, est de les laister ouvertes & de les boucher d’arbres abattus avec toutesleurs branches. Je ne vois pas de meilleur expédient que celui-là, car alors il nereste plus d’autre ressource à l’ennemi que de sapper les murs ou les battre à coupsde canon; & lorsqu’on manque de celui-ci, & des outils propres pour sapper lamuraille, je ne vois pas d’autre remède que de quitter partie , à moins qu’on nefe serve du belier, c'est-à-dire de suspendre une poutre entre quatre poteaux pourbattre la muraille; ce qui sait plus d’effet que tous les canons du monde. Gela neft fait pas fans péril, mais aussi la maison en est plutôt renversée. Finissons ce Pa-ragrafe par quelques exemples remarquables de ces sortes d’actions, pour passer dansft suivant à celui de la' cassure de Moscolini oude la Bouline,