3í o HISTOIRE DE POLYBE,
J’ai regret de trouver une tache de trahison & de perfidie, & q U i pis est d’io-gratitude dans un des plus grands Capitaines du sixième siécle , c’est de Mummoldont je veux parler. Cet habile Guerrier aiant abandonné le parti du Roi deBourgogne pour se jetter dans celui de Gondebaud, se trouva enfermé dans Com-minge avec ce Prince , & plusieurs autres Seigneurs tout aufli infidèles que lui.Leudegisile, Général du Roi de Bourgogne, mit le siège devant cette place , au-devant de laquelle il se fût morfondu, si Mummol & les autres Seigneurs n’eussenttraité secrètement avec l’ennemi pour lui remettre la place, & la personne de Gon-debaud.; mais comme il est ordinaire aux Princes d’aimer la trahison, & d’avoir enhorreur les traîtres, après s’être vengez de leurs ennemis , le Roi de Bourgogneécrivit à son Général de se défaire de ces gens-là, & particulièrement de Mummol,qu’il haïssoit mortellement. Leudegisile aiant reçu cet ordre, „ fit sous main sou-
lever quelques soldats contre Mummol, dit le Pe're Daniel (a), qui après s'être,, longtems battu en désespéré dans une maison où il s’étoit jette, fut tué de deux„ coups de lance, au moment qu’il en sortoit .pour se faire passage au travers de,, ceux qui l’attaquoient.
La gloire qu’on acquiert dans la défense d’un méchant poste, est infiniment au-dessus des plus belles résistances d’une place forte & des plus importantes d’un Etat.C’est le sentiment des Connoisseurs, & j’ai lieu d’être surpris que les Historiensnégligent de nous apprendre ces sortes d’actions, qui font celles ou la valeur & lavertu militaire paraissent avec plus d'éclat. Henri Duc de Rohan n’a eu garde d’i-miter ces fortes d’Ecrivains dans ses Mémoires. II rapporte un fait de cette espè-ce, & ce qu’il y a de bien remarquable, c’est qu’il n’y avoit que sept soldats ,& cependant ces sept soldats, ou plutôt ces sept héros enfermez dans une méchantemaison de terre nommée Chambonat auprès de Carlat, arrêtèrent deux jours en-tiers le Maréchal de Thémines, „ qui marchoit vers le pais de Foix avec sept,, mille hommes de pied & six cens chevaux ; ces sept hommes comparables , dit„ T Hijìorien , aux soldats les plus vantez dans l’Histoire Gréque & Romaine ,„ tuent plus de quarante hommes en diverses attaques, le seul défaut de vivres &>,, de provisions les contraignit à chercher les moiens de se sauver. Un d’eux fort„ la nuit & va reconnoître les environs. Joieux d’avoir trouvé un endroit, il ra-
vient; mais son propre frère, qui le prend pour un ennemi, le tire & lui casse„ la cuisse. Il se traîne le mieux qu’il peut, exhorte ses camarades à se sauver, &„ leur donne les enseignes nécessaires. Pour moi , lui dit son frère, je ne vous quit-,, ter ai : point , puisque je fuis la cause innocente de votre malheur , je veux vivre &„ mourir avec vous. Un de leurs cousins germains dit La même chose , pendant„ que leurs compagnons se sauvent à regret. Ces trois se défendent dans leur,, méchant poste, tuent encore quelques ennemis , & meurent .libres. L’aBion deces„ pauvres soldats , poursuit leur illustre & reconnoissant Général, mérite fa place„ dans ÍHiftoire » elle égale ce cju'ìl y a de plus mémorable dans l’antiquité.”
M. de Rohan, n’a pas cru devoir entrer dans le détail de la désense de cetteméchante maison , il n’a eu d’autre vue que de nous donner un exemple de lavertu & de l’incroiable valeur de ces braves soldats , & de nous exciter a la gloiredes belles actions par celles des autres; ce qui n’est pas d’une petite instruction pourles gens de guerre, & pour ceux qui sont nez pour la faire un jour. Nous nesommes .pas moins portez à citer ces sortes d’exemples, lorsque l’occasion s’en pré-sente; mais nous cherchons plus particulièrement ceux d’où nous puissions tirer des
pré-
{£) Hijl. de France. Gontran, Childtric ,.CÍotaire.