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Tome V.
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LIVRE V. CHAP. XVI. ,5,

préceptes pour nous conduire en semblables occasions, puisque nos Auteurs dogma-tiques , très-secs & très-abrégez, ont oublié cette partie de la guerre , audi bienqu’un grand nombre d’autres. Le Roi de Suéde Charles XII. nous fournit unedéfense de maison, où il étoit lui-même en personne. Cette action est d'un bril-lant qui n’a guéres d’exemples dans l’Histoire, & c’est, je pense, la seule tête cou-ronnée à qui pareille avanture soit arrivée. Je vais la rapporter fans m’asservir àl'ordre des tems, je ne vois rien qui nous porte davantage aux résolutions généreu-ses , & qui nous excite le plus à les imiter qu’en prenant nos Acteurs fur le trônemême.

L’attaque de la maison de ce Prince auprès de Bender , est un des événemensk plus mémorable de la vie de ce Guerrier vraiment extraordinaire , & au-dessus

peut-être des plus grands hommes de l’antiquité. Te l'ai comparé à Alexandre leGrand, ou pour mieux dire je l’ai mis au-dessus de ce Conquérant : car on ne ju-ge pas des hommes par l’étendue de leurs conquêtes & le nombre de leurs victoires,qui font le plus souvent l’ouvrage de la fortune plutôt que celui de l’habiletc &de l’expérience. Si un habile homme se mettoit en tête de faire l’analyse des actionsdu Monarque Grec en Asie, comme de celles de Charles XII. enLurope, il ra-battrait infiniment, je m’assûre, de la renommée du premier , & trouverait dans

l’autre le grand & le merveilleux qu’elle lui refuse, & que personne ne s’est aviséd’y chercher. C’est de tous les Capitaines celui qui a commis le moins de fautes,& qui a donné les plus grandes marques de courage & de patience , & je doutequ’il s’en trouve aucun dont les actions aient été plus brillantes & plus extraordi-naires que celles de ce grand homme. On remarque en lui, chose rare, toutes lesparties de la guerre , il les a toutes parcourues & pratiquées dans un e/pace très-court & une vie de peu de durée. Personne ne s’est mieux servi de sa raison danstoutes ses entreprises que celui-là, bien que ceux qui ne jugent des choses que parles événemens aient jugé tout autrement de la grandeur de ses actions. Ceux quilouent & admirent si fort les actions d’Alexandre le Grand dans fa guerre contreles Perses, j’en tens ici les gens du métier & les gens de Lettres, n'examinent pasd’àssez près,ils n’ont vû que le gros des choses: ce qui fait voir qu'ils ne louent& n’admirent qué par coutume ; mais les autres, qui font consommez dans les ar-mes, & qui comparent l’un avec l’autre, trouveront que je décide avec connoissan-ce de cause. Les actions du Roi de Suéde sont en si grand nombre, quelles em-brassent, comme je l’ai dit si souvent, toutes les parties des armes. Qui pourraitjamais s'imaginer que dans ce que je traite ici, je pusse citer ce Prince pour exem-ple dans la défense d’une maison qu’il a défendue lui-même en personne ? Je le tirede l’Histoire de Suéde sous le régné de Charles XII. J'ai dit ailleurs dans cetOuvrage , que l’Auteur me paroissoit avoir travaillé fur d’excellens Mémoires enbien des endroits de son Histoire , il ne lui arrive pas toujours d’en rencontrer depareils : car il y a bien des faits qu’il rapporte, qui ne sont pas conformes à ce quej’ai appris de plusieurs Officiers en Suéde qui en avoient été les témoins."

Quant à faction de Bender, on me l’a racontée, à quelques circonstances près,comme on le rapporte, si l’on en excepte les bombes , dont ils n’ont fait aucunemention. Je n’entrerai dans aucun détail de ce qui précéda l’attaque du quartier dece Prince auprès de Bender, bien qu’il n’eûr. qu’une poignée de gens, cela n’empê-cha pas qu’on ne fît des préparatifs auffi considérables que s’il se fut agi de com-battre une puissante armée , gens plus bçaves que des Turcs & des Tartates eneussent peut-être fait autant. Ce qu’il y a de certain, c’est que le Grand Visir &‘se Kam des Tartares avoient formé le noir complot, à l’insçû du Grand Seigneur,