jjì HISTOIRE DE POLYBE,
de se saisir de la personne du Roi de Suéde, & avoient supposé des ordres, doflt ilsfirent part aux Généraux, pour qu’ils pussent agir fans scrupule: de sorte qu’enpeu de tems un corps de troupes Turques s’étant joint à un plus grand des Tar-tares, & aiant tiré du canon de Bender, le Seraskier étant entré dans le complot,ils investirent le quartier du Roi de Suéde. Le Roi avoit déja été instruit par unOfficier des Janissaires de ce qui se brassoit contre sa personne, & lui fit assez en-tendre que le Grand Visir s’entendoit avec le Kam des Tartares, & qu’ils cher-choient bien moins à l’obliger à s’en aller, & ce dernier à lui servir d’escorte , qu’àtle remettre entre les mains de ses ennemis pour des sommes considérables, qui dé-voient se partager entre le Visir , le Bacha de Bender & les Officiers Généraux,Turcs; ce qui obligea le Roi de Suéde de faire partir fur le champ un de ses In-terprètes nommé Jean Savari, avec lequel je fis naufrage à l’entrée de la mer Balti-que à mon retour de Suéde, homme hardi, capable d’une intrigue, & qui eut as-sez de courage pour donner un placet au Grand Seigneur par le moien de l’Ambas-sadeur de France, ce que je croirais assez, vu que cet homme parloit parfaitement1 a langue Turque. Cependant M. de Villelongue , Colonel de dragons, s’attribuecette action.là : je ne la lui ôte point, je n’ai jamais ouï dire à aucun Officier quece ne fût pas lui. Le Grand Seigneur lut le placet avec une étrange surprise ; maisavant que ses ordres fussent arrivez, pour tirer le Roi d’embarras, il fe passa biendes choses que je vais copier de l’Historien dont j’ai parlé, après avoir dit en peude mots certaines circonstances qui me paraissent néceíïaires pour entrer en matière.Les Turcs qui s’étoient: joints aux Tartares avoient investi le petit camp du Roi,où il avoit fait bâtir une maison de bois, dans laquelle il logeoit, & où l’on faifoitla prière. On l’avertissoit à tout moment de se tenir fur fes gardes, & qu’il feraitinfailliblement insulté; mais il répondoit toujours, bagatelle, bagatelle, ils Pense-ront rien. Cependant comme il vit qu’on fe dispofoit à l’attaquer tout de bon, ilenvoi» au Seraskier pour lui demander ce que cela signifioit ; mais celui qu’il en-voi» revint avec des conditions que le Roi n’étoit guéres d’humeur d’accepter. LesJanissaires, qui ignoraient la trahison de leurs Chefs, y alloient de bonne foi, &vouloicnt que le Roi fe remît entre leurs mains four aller oìt il lui plairoit fous leurescorte ; ce que le Roi n’eut garde d’accepter, après leur avoir fait connoître qu’é-tant soumis aux ordres de leurs Officiers Généraux, ils ne feraient pas maîtres del’efcorter par tout où il voudrait aller, &c que ces Généraux trempoient eux-mê-mes dans le complot.
Le lendemain n. de Février 1715. qui étoit un Dimanche , & dans le temsqu’on faifoit la prière, „ on vint avertir Sa Majesté, que les Janissaires irritez du„ refus qu’elle avoit fait de fe confier à eux, s’étoient jettez fur les troupes Sué-», doises qui gardoient le camp : qu’ils en avoient déja pris trois cens soldats, qu’ils,, avoient désarmez : & que le reste qui fe deíendoit opiniâtrement, ne pouvoit
„ manquer d'être bientôt accablé par le nombre. Là-dessus le Roi fit cesser le srr-„ vice, •& sortant de la Chapelle avec douze ou quinze Officiers qui l’accompag-„ noient, & environ cinquante de ses dragons, qui faisoient toute sa garde , il„ s’avança contre les Tartares, dont il tua d’abord trois de fa propre main. Sa fiére», & majestueuse contenance inspira tout à la fois tant de terreur & de respect auX
ennemis, que les Chefs qui les conduisoient s’arrêtérent tout à coup , comme», s’ils avoient été éblouis & frapez de quelques éclairs qui fussent sortis de ses», yeux. Us restèrent quelque tems immobiles , & le Roi rentra dans son logis
„ avec le Colonel Roíen & quelques autres.
M II n’y fut pas un demi quart d'heure que cette maison fut attaquée avec furie.
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