57 8 HISTOIRE DE POLYBE,
„ chacun s’ébranle & charge avec une fureur digne d’une guerre civile. Le Prin»„ ce Robert à son ordinaire fondit sur l’aîle d’Ireton avec une impétuosité que nul,, effort ne put retenir : en un moment on la vit rompue, peu après en déroute &„ bientôt en fuite. Ireton y fut blessé de deux coups , mis hors de combat &„ pris prisonnier. Si l’ardent Prince eût été corrigible au moins à la troisième fois,„ si au lieu de se laisser emporter à suivre trop loin les fuiards, il fût revenu for„ ses pas, c'étoit sait de T armée ennemie. Mais ne l’aiant pas fait, Cromwel fità son aile ce que l’autre eût dû faire à la sienne; il laissa fuir Paíle qui lui étoitopposée, & qu’il avoit battue, & repliant tout court sur T infanterie, la prit en flanc& ensuite en queue, & quelque effort que le Roi fît, il sut totalement battu H?de la maniéré du monde la plus complette.
§. IIL
Réflexions fur la manœuvre d’Echécrates. Soin qu'on doit prendre de ta discipline.Eloge de Sosibe. Eautes d’uintìochus.
J E n'ai dit qu’un mot en passant de la belle manœuvre d’Echécrates , elle eíîrtout-à-íait digne d’être remarquée des Connoisseurs. Rien qu’il y ait des exem-ples de ces sortes de stratagèmes dans T Histoire , ils font si peu ordinaires ,que je ne puis m’empêcher d’admirer celui-ci , comme --'il ne faifoit que de
naître. Les Anciens ne font pas les seuls qui s'en font servis, les Modernes fontfçû sort bien les imiter. Ces sortes de mouvemens font très-délicats & très-dange-reux; mais comme ils font peu communs, il arrive de là qu’on réussit toujours.De dégarnir une aîle pour renforcer T autre , cela se pratique assez ordinairement.C’étoit la méthode de Milord Malborrough, il l’emploia sort heureusement à labataille de Ramiliez.
La manœuvre d’Ethéocles n’est pas du nombre de celles dont je parle, un espritmédiocre la feroit bien fans passer pour être des plus sublimes; mais ici le stratagè-me est tout des plus fins, des plus hardis & des plus profonds : car il faut êtretout cela pour les penser & pour réussir dans une chose fi délicate; & ce qu’il ya d’amirable, c’est lorsqu’on est inférieur en nombre à son ennemi, & que Ton necombat, comme en ce tems-la, que fur une seule ligne, & qu’on ne peut écarter uneaîîe de cavalerie & la séparer extraórdinairement de celle de son infanterie , sans queT ennemi s’en apperçoive; au lieu qu’en ce tems-ci, que nos armées combattent furdeux lignes, la ruse est beaucoup plus aisée à couvrir & à cacher à T ennemi, outreque la fumée de toute une ligne ou de toute une aîle nous en dérobe la vûe, pen-dant qu’une première ligne, que la seconde remplace, ou que celle- ci marchant par -son flanc derrière la première, pendant que l’autre attaque de front, étend son aîle& déborde par ce mouvement une droite ou une gauche, la double & T enveloppe.C’est ce que fit Ethéocles à fa droite. Car voiant que ses éléphans qui couvro-ns toute son aile, en étoient venus aux prises avec ceux de T ennemi , & qu’ilsélevoient une grande poussière en Tair, il profita en habile homme de ce nuage depoussière pour faire la manœuvre qu’il fit , qui étoit dans le même esprit que cequ Antìochus pratiqua lui-même à fa droite. Il faut bien posséder la guerre , &avoir une grande présence d’esprìt & de jugement , & beaucoup de hardiesse pourprendre un tel parti sur le champ. Ce sont de ces coups de Maîtres, qui ne peu-vent être exécutez que par des Généraux du premier ordre. Tel a été entre autres