LIVRE V. CHAP. XVII. Z79
k Maréchal Duc de Luxembourg à la bataille de Fleuras en 1690. car il .mit enusage une ruse à. peu près semblable, qui est une des plus hardies dont on ait ouïparler depuis les Anciens. II déroba un mouvement à M. le Comte de Waldeck,à couvert du château de Signy, & des villages qui étoient à la droite de fa cava-lerie d’ou il tira celle-ci pour la faire palier à fa gauche : mouvement dont lesennemis ne s’apperçûrent jamais, & qui leur étoit caché par la hauteur des haies8c des bleds : outre qu’en cet endroit le terrain alloit un peu en enfoncement, obser-vation que j'ai faite trois ans après. Les ennemis ne s’en apperçurent que lorsqu’iln’étoit plus tems d'y apporter du remède, leur droite te trouvant extraordinairementsurpassée de celle qui lui étoit opposée, & qui formoit en-deçà un crochet: de sorteque tout ce que fit M. de Waldeck pour rendre inutiles les mouvemens du Géné-ral François, ne firent qu’empirer le mal bien loin de le corriger; ce qui rendit fadéfaite beaucoup plus aisée, & donna à M. de Luxembourg plus de facilité pourfaire avancer & charger tout en même tems son infanterie du centre, & de formerdeux coudes à fa droite & à fa gauche, dont les ennemis fe trouvoient embrassez,fans que le mouvement qui fut fait à leur seconde ligne pût réparer un malheur déja 'décidé. Je ne dis que deux mots de cette grande journée,qui fut une des plus com-
plettes dont on ait ouï parler depuis longtems. , ,
II y a une chose assez embarassante à l'égard du nombre des deux armees, par ledénombrement des nations qui combattirent dans cette fameuse journée de Raphie.
II paraît assez par la narration de notre Historien, qu’Antiochus étoit de beaucoupsupérieur à Ptolémée. Il fortifia extrêmement sa droite, ou ce Prince étoit en per-sonne , comme je l'ai dit plus haut ; mais il n’étoit pas moins en état d’étendre faeauche & de surpasser à sa droite. Je soupçonne qu’il donna plus de hauteur à faphalange pour rompre celle des Egyptiens par la pesanteur du choc & la hauteurde ses files impénétrables à la cavalerie, contre laquelle cette phalange pouvoit fortbien résister, quoiqu’elle fût attaquée de front, (car la grande profondeur d’un corpsd’infanterie le met en état de faire front de toutes parts, ) & donner le tems à An-tiochus de venir au secours avec fa cavalerie victorieuse. Mais que deviennent cestroupes étrangères? Leur lâcheté est à peine concevable, & celle de la phalange nel’est suéres plus. Antiochus, qui mérita le surnom de Grand, en étoit peu digne™ rrne occasion- c’eût été même une merveille, si aiant fait ce qu il eut du faireaprès avoir battu & mis en fuite la gauche de Ptolémée, il eût été victorieux deson ennemi. Le seul reproche que Polybe lui fait, ost Punique cause de son mal-heur & de la honte de cette journée; & quel est ce reproche? Le voici II nefit pas Mande attention, dit-il, à exercer son armée pendant l’hiver, & à la main-" tenir dans une exacte discipline; persuadé qu’étant maître d’une partie de la basse" Syr ; e & de la Phénicie, il ne faudrait point de combat pour conquérir le reste.
" -rg j a j{f e à juger aux gens du métier, si un Roi peut penser de la sorte soit dansla paix ou dans la guerre. Ce Prince apprit par la perte de cette bataille, qu’il nes’émit attiré une disgrâce fi accablante que pour avoir négligé la discipline militaire :car quelque habile & quelque hardi à entreprendre que soit un Général,s’il manqueen ce point, toutes ses grandes qualitez lui seront absolument mutiles, & le préci-piteront dans les plus grandes infortunes. On ne fçauroit trop repeter & trop in-culquer dans l’efprit des Princes & des Généraux d armees ce que ;e dis ici. Lachose est d’autant plus grave, que le salut de leur Etat & leur gloire comme leurréputation en dépendent uniquement ; & ce qui doit principalement les engager àmaintenir les troupes dans l’observation des loix militaires, & a s armer d une 1 igueurinflexible pour en empêcher l’affoiblissement , c'est qu il ne faut qu’un tems trcs-F Bbb 2 court,