,8o HISTOIRE DE POLYBB,
court, comme dit Homère,pour jetter les soldats dans l’oubli & le mépris de cesloix. Ce qu’il y a de plus fâcheux, c’est qu’on ne fçauroit les rétablir q Ue p arla terreur des châtimens, ce qui n’est pas peu fâcheux & peu difficile. On doitconclure de là que le mal n’est pas peu de chose, outre qu’il est très-rare de trou-ver des Corbulons, c’est-à-dire des gens capables de fe charger de guérir ces sortesde maux. Ce que dit Vegece est tres-vrai. In bello, dit-il, qui plus m angaxïis vì~gilaverit, plus in exercendo milite laboraverit , minus periculum Justinebit.
Un Prince ou un Général d’armée, qui veillera fur la discipline de fes troupes ;qui en fera ion occupation la plus sérieuse pour en empêcher le relâchement , &couper court à la fainéantise par un continuel exercice , aura fans doute moins dedanger à courre, & plus d’espérance de vaincre. Antiochus ne pensa pas à cettebelle leçon, bien qu’elle fût plus vieille que le tems ou il vivoit, & éprouva, àson grand malheur, qu’il eût dû la suivre. Sosihe, pour s’ea être souvenu, vintà bout de surmonter un ennemi si redoutable.
Qu’on ne me dise pas qu’une armée ne peut être corrompue dans Pefpace d’mrquartier d’hìver r fix mois de repos,, fans nul exercice, fans nul foin des armes, &:dans les plaisirs & l’abondance de toutes choies, font capables de changer les Offi-ciers & les soldats en tout autres hommes. II n’en fallut pas davantage à Anni-bal pour rendre son armee auffi vile & auffi méprisable qu’elle avoir paru redouta-ble six mois auparavant à fes ennemis. Cette nouvelle n’auroit-elle pas passé jufqu’àAntiochus ? II est même difficile de remettre des troupes déja corrompues 8c amol-lies par les plaisirs & par la mollesse, de leur faire oublier les douceurs passées par leretour des principes que nous avons abandonner. Le triple du tems pourra à peinesuffire, & ce ne sera pas dans une campagne, ou l’on entre tout corrompu , qu’onles remettra en vigueur fans cabrer les soldats & les empêcher de sortir de leursdevoirs, puisque le défaut de discipline en les rendant lâches les porte à être mutins:car il n’est pas au pouvoir des plus grands Rois de rétablir, sinon avec beaucoupde tems, un vieux corps d’Officiers & de soldats accoutumez à combattre ensemble,& à souffrir les fatigues de la guerre, s’ils se sont négligez & abandonnez dans lerepos & dans la mollesse. Je veux qu’Annibal ait été toujours le même ; mais ils’apperçut après les délices de Capoue, avec autant de honte que de chagrin, quece n’étoient plus les mêmes soldats à 1a tête desquels il avoir remporté tant de
victoires.
L’Anteur qui a fait îe Parallèle de M. le Prince de Condé & de M. de Tu-renne, & qui met celui-ci au dessous de l’autre , ne me paraît pas fort exact:.„ Quelques troupes que vous donniez à M. le Prince, dit-il , vieilles ou nouvelles,,, connues ou inconnues, il a toujours la même fierté dans le combat : vous di-„ riez qu’il sçait inspirer ses propres qualitez à toute Tannée, fa valeur, son action„ semblent lui répondre de celles des. autres. Avec beaucoup de troupes, dont M.„ de Turenne se défie, il cherche ses furetez; avec peu de bonnes qui ont gagné„ si confiance, il entreprend comme aisé ce qui paraît impossible.
M. de Turenne ne s’est jamais défié de fes troupes, fi ce n’est de fa cavalerie,’mais non pas toujours : il fçavoit bien la faire combattre à 1 aide de son infanterie.Ce grand Capitaine n’en.eut jamais beaucoup, & avec vingt mille hommes il fçavoittrès-bien battre soixante mille des meilleures troupes de TEmpereur, & commandéespar des Généraux expérimentez. M. le Prince ne s’est jamais trouvé à la tête demauvaises troupes. Si cela lui fût arrivé, il eût fans doute conservé la même fierté& le même courage ; mais il ne leur eût sûrement pas communiqué & infusé l’unk l’autre* ha fortune ne lui a pas toujours été favorable contre M. de Turenne,&
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