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Tome V.
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LIVRE V. CHAP. XVII. ,s,

celui-ci n’a pas toujours réuíïi contre lui. M. le Prince perdit la bataille de Dun-Icerque, il eut son tour aux lignes de Valenciennes, qu’il força au quartier du Ma-réchal de la Perte. C’étoient deux grands hommes, comparables aux plus fameuxHéros de l’antiquité. Tous les deux d’un caractère fort différent, l’un ardent &impétueux ressemble assez à Alexandre) & l’autre a toutes les bonnes qualitez deCésar sans en avoir les mauvaises. On me pardonnera cette digression, íì l’on con-sidère que les Lecteurs militaires se plaisent infiniment à celles de cette espèce , quiconfinent toujours par quelque bout à la matière que je traite, & que je vais re-prendre.

Tout ce que dit mon Auteur de la conduite du Ministre de Ptolémée dans cetabîme de négociations où il engagea Antiochus, pour l'amuser & gagner du tems;toute cette conduite, dis-je, est tellement admirable,que je ne vois pas que les hom-mes d’Etat & les Généraux d’armées puissent rien lire de plus instructif & de plusrusé , & qui mérite plus que je faste encore quelques • remarques fur la sagesse de

cette politique: car l’Histoire nous fournit peu d exemples que des Princes ou desRépubliques qui se sont trouvez en pareilles conjonctures, en aient emploie de sem-blables avec tant d'adresse & de bonheur. Sosibe trouva les affaires de 1 a guerre dansun désordre épouvantable, & les troupes dans un tel relâchement & dans un te!oubli de leurs devoirs, qu’il vit bien qu’il lui seroit infiniment plus difficile de lestirer de cet état de mollesse & de corruption, que dc former de nouveaux soldats& de les rendre bons en introduisant une nouvelle discipline , & en attirant en

Egypte les meilleurs Officiers de la Gréce pour les dresser selon la méthode de leurpais , leur donner des armes semblables » & les accoutumer à leur maniéré de com-battre & de s’exercer. Il prit encore à la solde de son Maître un grand nombrede soldats étrangers qui avoient servi dans les armées de Demetrius & d’Antigonus,& fit voir par les nouveautez qu’il introduisit dans les loix militaires, qu’on peutles changer & les abroger entièrement pour en prendre de meilleures, 6ns que cesnouveautez puissent apporter aucun préjudice; au lieu que c’est toute autre chosedans celles qui regardent le Gouvernement, où toute mutation est dangereuse,bienqu’on reconnoísse l'importance d’en faire.

Un Ministre qui volt de si loin, & qui sçaít éloigner la guerre, qu’il ne sçau-roit plus éviter, du moins pour un certain tems, est toujours sûr d'être en étatde la soutenir & de la faire avec avantage, outre que l’espérance de la paix peutquelquefois faire que rennemî se relâche dans l'exercice des armes. Qui doute quecet habile Ministre ne comptât autant fur ce relâchement par un désir & une envieapparente de faire k paix, que pour avoir le tems de se mettre en état de faire kguerre & d’attaquer le premier, bien loin de prendre le parti de la défensive, quieût flétri à jamais k réputation de son Maître? Car il s’apperçut assez de la néces-sité d'agir offensivement pour recouvrer les places les plus importantes de k basseSyrie, dont Antiochus s’étoit rendu maître, contre toutes les loix de P équité qu’ondoit observer dans une guerre juste & solemnelle. L’injure étoit trop visible pourne pas en tirer raison par k force des armes, outre qu’Antiochus n’avoit pas de pe-tits desseins fur i’Egypte. „ En matière d’Lrat, dit un,grand-Ministre *,les grands„ Princes ne peuvent dissimuler une injure fans s’expoíer à en recevoir bientôt ur.e„ plus gfande, leur réputation c’est leur plus- grande force , c’est leur plus puissant„ appui r s’ils en souffrent la moindre diminution, elle leur sera plus nuisible que„ la perte d’une bataille. Semblables à ceux qui manquent de mettre le pied fur

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’ Le Cardinal de Richelieu.

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