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Tome VI.
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2,4 HISTOIRE DE POLYBE,

par hazard leur bouclier ou leur épée, ou quelque autre arme dans lecombat, se jettent au travers des ennemis, ou pour recouvrer ce qu’ilsont perdu, ou pour éviter par la mort la honte attachée à la lâchetéôc les reproches de leurs compagnons.

S’il arrive que plusieurs soient en même tems coupables des mêmesfautes, & que des cohortes entières aient été chassies de leurs postes,alors au lieu de bastonner ou de faire mourir, ils íe servent d’un ex-pédient qui n’est pas moins avantageux que terrible. Le Tribun as-semble la légion, il se fait présenter les coupables, & après une sévè-re réprimandé, il les fait tirer au sort, & en sépare cinq, huit, vingt,plus ou moins, selon le nombre de ceux qui par crainte ont commisquelque lâcheté. Chaque dixième d'entre eux est destiné au supplice,& ceux sur qui le sort tombe sont bastonnez sans rémission. Le res-te est condamné à ne recevoir que de l’orge au lieu de bled, & àcamper hors du retranchement, au risque d’être attaqué par les en-nemis. Or comme le danger & la crainte de mourir sont égalespour tous à cause de l’incertitude du sort, Sc que la peine honteu-se de ne vivre que d’orge s’étend également à tous ces lâches , ontrouve dans cette discipline & un préservatif contre les fautes à ve-nir, Sc un remède pour les fautes passées.

Ils ont encore un excellent moien pour inspirer du courage à lajeunesse. Après un combat, si quelques soldats s’y sont distinguez,le Consul assemble la légion, fait approcher de lui ceux qui se'soncsignalez par quelque action de vigueur , donne d’abord de grandeslouanges à cet exploit particulier , en y joignant tout ce qui s’estpasle de mémorable dans leur vie, Sc ensuite il distribue de grandesrécompenses. 11 fait présent d’une lance à celui qui a bielle l’enne-mi ; à celui qui l’a tué & dépouillé, si c’est un fantassin, on lui don-ne une coupe ; si c’est un cavalier, il reçoit un siamois, quoiqu’au-trefois on ne donnât qu’une lance. Ceci pourtant ne doit pas s’enten-dre d’un soldat qui auroit tué ou dépouillé un ennemi dans une ba-taille rangée ou dans l’attaque d’une place : mais de celui qui dansune escarmouche ou en quelque occasion où il n’y a aucune nécessitéde combattre en particulier, court de plein gré & par pure valeur in-sulter l’ennemi.

Dans la prise d’une ville, ceux qui les premiers montent fur la mu-raille, reçoivent une couronne d’or. II y a aussi des récompenses pourçeux qui défendent ou sauvent des citoiens ou des alliez. Ce sontceux qui ont été délivrez qui couronnent eux-mêmes leur libérateur-,s’ils refusent de le faire, le Tribun les y contraint. Ils ont outre celapendant toute leúr vie le même respect pour lui que pour leur pè-re, & il faut qu’ils lui rendent tous les devoirs qu’ils rendroient à.ceuXqui leur ont donné .la vie.

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