3 o HISTOIRE DE POLYBE,
blique de Platon doit être exclue d’une dispute sur la préférence, jus-qu’à ce qu’elle ait produit quelque action dont elle soit sauteur. Lacomparer, telle qu’elle a été jusqu’à présent, avec les Républiques deLacédémone, de Rome 8c de Carthage, ce seroit comparer une statue'humaine avec des hommes vivans 8c animez : de quelque beauté quel’on supposât cette statue, la comparaison qu’on en seroit avec des êtresanimez ne pourroit toujours paroître que défectueuse & très-peu con-venable. Laissons donc cette République, 6c voions celle de Lacédé-mone.
Quand je considère les loix que Lycurgue a établies pour maintenirl’union 6c la concorde parmi les Citoiens , 6c pour mettre la Laconie àcouvert d’insulte, 8c faire que les peuples jouissent d’une liberté solide,elles me paroissent st justes Sc si sages, que je me sens porté à croirequ’elles viennent plutôt d’un Dieu que d’un homme. Par Légalité debiens, par la frugalité 6c la simplicité dans la maniéré de vivre, il ac-coûtumoit les Lacédémoniens à la tempérance, 6c éloignoit de l’Etattout sujet de discorde. En les exerçant aux travaux 6c aux choses quirépugnent le plus à la nature, il les rendoit vaillans Sc intrépides : 6cquand ces vertus se trouvent réunies dans un seul homme ou dans unEtat, il est difficile que l’un fe porte au mal 8c que l’autre soit envahipar les ennemis du dehors. On peut donc dire que Lycurgue, en fai-sant de la tempérance 8c de la valeur comme la basé de sa République,a mis toute la Laconie en état de ne rien craindre du dehors, 8c a pro-curé à ses peuples une liberté durable. Mais il me semble que ce sageLégislateur s’est oublié fur u'n point, qui est d’empêcher qu’on ne tra-vaillât à étendre les bornes de l’Etat, qu’on n’ambitionnât l’empire furses voisins, qu’on ne se rendît le maître 8c l’arbitre des affaires. Onne voit rien fur cela ni dans les loix qui concernent les parties différen-tes de la République , ni dans celles qui regardent l’Etat en général.Cependant ce n’étoit point assez que les particuliers fussent sobres, mo-dérez 6c contens de la portion de biens qui leur étoit donnée; il falloirencore mettre tout l'Etat dans la nécessité de suivre cet esprit, ou le luiinspirer. Or c’est ce que Lycurgue n’a point fait. 11 a exterminé l’en-vie 6c la jalousie d’entre les particuliers, il les a instruits de tout ce qu’ilsdévoient sçavoir sur les loix de l’Etat: mais il a permis qu’ils fus-sent très-jaloux des autres Grecs , qu’ils aimassent à les dominer,qu’ils tâchassent de s’enrichir à leurs dépens. Car qui ne sçait que lesLacédémoniens furent presque les premiers entre les Grecs, qui avidesdes terres de leurs voisins portèrent la guerre chez les Mesleniens pourfaire de l’argent des prisonniers qu’ils prendraient ? Qui ne sçait que cefurent eux qui s’obstinérent de telle sorte au siège de Meísene, qu’ilssirent serment de ne le point lever que la ville ne fût prise? II est en-core notoire que par envie de dominer sur les Grecs, ils eurent la fai-blesse