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Tome VI.
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LIVRE VI. CHAP. VIII. ; i

blefíè de se soumettre aux ordres de gens qu’ils avoient vaincus. Caraprès avoir combattu pour la liberté commune de la Grece, & avoirdéfait les Perses qui vouloient l’envahir, après les avoir forcez de re-tourner dans leur pais, ils leur livrèrent par le traite de paix fait parAntalcidas les villes mêmes pour lesquelles ils avoient pris les armes,dans la vûë de tirer d’eux l’argent dont ils avoient besoin pour se sou-mettre les Grecs. Ce fut alors qu’ils sentirent en quoi leur Gouverne-ment étoit défectueux. Car tant qu’ils bornèrent leur ambition auxterres de leurs voisins & à la conquête du Pélopponéfe, û leur fut aiséd’avoir de la Laconie même autant des vivres & de munitions qu’ils enavoient besoin , aiant peu de chemin à faire pour retourner chezeux & pour en faire voiturer des provisions : mais dès qu’ils vou-lurent mettre des ilotes fur mer & porter la guerre avec leur in-fanterie hors du Pélopponéfe, alors ils s’apperçûrent que m leur mon-noie de fer, ni l’échange annuel des fruits qui avoit été établi parLycurgue , ne suffifoit pas, & que fans une mon noie commune &des richesses étrangères, ils ne pouvoient rien entreprendre. Ce futce qui les obligea de mandier le secours des Perses , de lever desimpôts fur les Insulaires, & de mettre à contribution tous les Grecs*persuadez que s’ils s’en tenoient aux loix de Lycurgue, ils ne vien-draient jamais à bout de subjuguer les Grecs , & ne manqueraientpas d’échouer dans toutes leurs entreprises. Mais pourquoi, dira-t-on, cette digression? Pour faire voir que le Gouvernement instituepar Lycurgue se suffifoit à lui-même, tant qu’il ne s’agissoit que dela conservation de l’Etat &c de la défense de la liberté: car il fautconvenir avec ceux qui louent & approuvent ce Gouvernement,qu’il n’y en a point &c qu’il n’y en a jamais eu qui lui soit préfé-rable. Mais on doit auísi tomber d’accord que si l on ambitionnede s’agrandir , de se faire respecter, de commander a un peuplenombreux, d’avoir sous fa domination un plus grand nombre de su-jets , Sc d’attirer fur soi tous les regards , on doit, dis-je , avouerque ce Gouvernement est imparfait, & que celui des Romains l-’em-porte de beaucoup pour la force & la facilité d’étendre ses conquê-tes. Ce qui s’est paííé jusqu’à présent dans l’un & l’autre, prouveévidemment ce que j’avance. Les Lacédémoniens, pour avoir tenté-de s’aíìujettir les Grecs, ont couru risque de perdre leur propre li-berté: les Romains au contraire, aidez par la facilité qu’ils avoient,.après la conquête de l’Italie, de sc fournir de toutes fortes de mu-nitions, se font soumis en peu de tems tout l’univers.

C H A-