j 8 HISTOIRE DE POLYBE,
sur le chemin : mais Philéméne & Nicon allèrent jusqu’aux portes ducamp. Saisis par les gardes ils furent conduits à Annibal lans dire nid’où ils étoient, ni qui ils étoient, mais seulement qu’ils vouloient par-ler au Général. Quand ils lui eurent été présentez, ils lui dirent qu’ilsétoient bien aises de l’entretenir fans témoins. Annibal ne demandantpas mieux , ils commencèrent par une longue apologie de leur condui-te & de celle de leur patrie, Sc finirent en chargeant les Romains dequantité d’accufations différentes, pour faire entendre à Annibal que cen’étoit pas fans raison qu’ils avòient pris le parti de les abandonner. CeGénéral après les avoir louez de leur résolution & leur avoir témoignébeaucoup d’amitié , les renvoia en leur ordonnant de revenir au plutôtlui parler une seconde fois de cette affaire. Et pour avoir le tems depenser mûrement à ce que ces jeunes gens lui avoient proposé, Sc fairecroire aux Tarentins que ceux-ci étoient en effet sortis de la ville poufbutiner, il leur dit que quand ils seroient à une distance raisonnable ducamp, ils n’avoient qu’à pouffer devant eux les bestiaux qui paiíîòientSc les hommes qui les gardoíent, qu’ils ne craignissent pas d’être pour-suivis, qu’il veilleroit à leur sûreté.
Nicon suivit exactement les ordres qu’il avoit reçus , Sc Annibal é-toit charmé de voir que l’occasion se fût eníin présentée de devenir maî-tre de Tarente. Philéméne poussoir encore l’affaire avec plus de cha-leur , excité à cela tant par la sûreté avec laquelle il pouvoit parler àAnnibal Sc l’accueil que lui faisoit ce Général , que parce que la quan-tité de butin qu’il faisoit entrer dans la ville le mettoit hors de toutsoupçon. En effet comme il en amenoit assez Sc pour les sacrifices, &'pour régaler ses concifoiens, non seulement on le croioit de bonne foi ,mais encore il excitoit beaucoup de gens à l’imiter.
Etant sortis pour la seconde fois , Sc aiant tout fait de la même ma-niéré, ils donnèrent des assurances à Annibal Sc en reçurent de lui<Les conditions du Traité furent qu’il metcroit les Tarentins en liberté,qu’il n’exigeroit d’eux aucun tribut, qu’il ne leur impoferoit aucune loi,& que quand il seroit entré dans la ville , que le pillage des maisons,qu’y avoient les Romains, appartiendroit aux Carthaginois. Ils con-vinrent aussi avec Annibal d’un signal, pour être promptement recon-nus par la garde de son camp quand ils y viendroient de la ville. Pafce moien ils avoient toute liberté de venir trouver Annibal aussi souventqu’ils vouloient, tantôt fous prétexte de butiner, Sc. tantôt pour ailesà la chaste.
Après avoir pris ces mesures pour l’avenir, pendant que la plupartdu parti épioient l’occasion d’exécuter le projet, on envoioit Philé-méne à la chaste. Car comme il avoit une forte passion pour cet exer-cice, on s’imaginoit qu’il n’y en avoit point qu’il eût plus à cœur. C’e^pour cela qu’il fut chargé de se concilier, en donnant de sa chaste, pfC"
nuc'