1C6 HISTOIRE DE POLYBE,
les issues du camp étoient remplies de chevaux, de bêtes de charge& d’hommes partie demi morts & consumez par le feu, partie sainsd’étonnement Sc de fraieur. Le désordre, la confusion étoit si gran-de, que quelque courage qu’on se sentît alors, on ne pouvoit espé-rer de se dérober à travers tant d’obstacles. Les autres Chefs étoientdans le même embarras. Cependant Afdrubal Sc Syphax trouvèrentmoien de s’échapper avec quelques cavaliers. Mais un nombre innoni-.brable d’hommes, de chevaux, de bêtes déchargé furent misérable-ment réduits en cendre, Sc quelques autres non seulement sans armes»mais même fans habits, en se dérobant au feu, furent égorgez par lesRomains. Ce n’étoic dans les deux camps que hurlemens pitoiables»que bruit confus, que saisi stèment, qu’un fracas extraordinaire, Sc aveccela un feu horrible & une flamme épouvantable. Une feule de ces cho-ses étoit capable d’essraier, à plus forte raison tant d’accidens jointsensemble. Tout ce qu’on a vu jusqu’à présent d’événemens surprenaisn’approche pas de celui-ci, nous ne connoiíïòns rien qui puiste nousen former l’image. C’est ausiì le plus beau Sc le plus hardi de touáles exploits de Scipion, quoique fa vie n’ait été qu’une fuite d’ntlgrand nombre de beaux exploits.
Le jour venu, malgré la défaite des ennemis, dont les uns étoientmorts Sc les autres en fuite, Scipion ne laistà pas d’exhorter les Tri-bun* à en poursuivre les restes. Afdrubal íè fiant en la forte situationde la ville où il s’étoit retiré, l’attendit d’abord de pied ferme, quoi-qu’il sçût qu’il venoit: mais voiant les habitans se soulever, il craignisde tomber entre les mains de ce Général, Sc s’enfuit avec ceux qnis’étoient sauvez avec lui de l’incendie, & qui étoient au nombre decinq cens maîtres Sc de deux mille fantassins. Aussitôt le soulève-ment cesta Sc la ville se rendit aux Romains. Scipion lui pardonna»mais deux autres villes voisines furent données au pillage. Après qn Qlil reprit la route de son premier camp.
Cet événement déconcerta les Carthaginois Sc renversa tous leursprojets. Après avoir espéré d’assiéger les Romains en bloquant par ter-re Sc par mer la hauteur voisine d’Utique, fur laquelle ils avoient étabhleurs quartiers , Sc avoir déja fait pour cela tous leurs préparatifs*ils se voient, par un accident imprévu, obligez d’abandonner h ost'teusement le plat pais, Sc de craindre pour eux-mêmes Sc pour l eUfpatrie une ruine totale. On peut juger quelle devoit être leur fraiesSc leur consternation. Comme cependant les affaires demandoient qu el’on pensât sérieusement à l’avenir, le Sénat s’astèmbla pour en délibé-rer. Les íèntimens furent partagez. Les uns furent d’avis qu’on rapp e ^lât Annibal d’Italie, comme ne leur restant plus d’eípérance qu’en b Jl& en son armée. Les autres qu’il falloit demander à Scipion « sletrêve pendant laquelle on traiteroit de la paix. II y en eut, Sc le uí