Band 
Tome VI.
Seite
172
JPEG-Download
 

i 7 z HISTOIRE DE POLYBE,

l’avertir de tenir des vaisseaux prêts non loin du camp des Romains,afin que quand les galères d’escorte auroient quitté les Ambaíladeurs ,il tombât fur le vaiíleau qui les conduifoit 6c le coulât à fond. H sles renvoiérent ensuite, donnant ordre à ceux qui montoient les ga-lères, auíîìtôt qu’ils auroient paíle l’embouchure de la Macre, d’où l'onpouvoit voir le camp des ennemis, de les laitier là 8c de revenir à Car-thage. L’escorte, suivant cet ordre, ne fut pas plutôt arrivée à l'en-droit marqué, qu’elle prit honnêtement congé des Romains, les em-braya 8c reprit la route de Carthage. Les Ambaíladeurs, sens riensoupçonner de ce départ précipité , eurent seulement quelque peinequ’on les eût quittez sitôt, dans la pensée que c’étoit par méprisqu’on l’avoit fait. Dès que l’escorte se fut Íeparée, les Carthaginoissortent de leur embuscade 6c viennent les attaquer avec trois galères-Us ne pouvoient de l'éperon frapper leur vaisseau, parce qu’il couloirau deíìòus, ni venir à l’abordage, parce qu’on les repouísoit avec vi-gueur ; mais voltigeant tout autour ils tuèrent 8c bleíserent beaucoupde gens de l’équipage , jusqu’à ce qu’enfin les Romains voiant deleurs troupes, qui fourrageoient fur la côte, accourir fur le riva-ge à leur secours , ils pouíserent leur vaiíleau à terre. La plupartde ceux qui le montoient périrent en cette occasion, mais par unbonheur tout extraordinaire les Ambaíladeurs en sortirent sains #seufs.

Voilà la guerre allumée avec plus de chaleur 8c de haine que jamais-D’un côté les Romains se voiant trompez mirent tout en usage pour f evenger de cette perfidie, & del’autre les Carthaginois, qui se sentoienfcoupables, se résolurent à souffrir tout plutôt que de tomber en la puissauce des Romains. Dans cette disposition de part & d’autre, il étotfévident que l’aífaire ne se décideroit que par une bataille,- de sorteque non seulement l’Italie 8c l’Afrique, mais encore l’Espagne, la Si-cile 8c la Sardaigne, étoient en suspens 8c attendoient cet événementavec inquiétude. Comme Annibal manquoit de cavalerie, il dépu^à Tychée, Numide, ami & allié de Syphax, 8c qui avoit la meilleu-re cavalerie d’Afrique, pour l’engager à venir à son secours 8c à seisol’occasion qui s’oífroit de maintenir dans ses Etats , ce qu’il ne pou-voir faire, qu’autant que les Carthaginois auroient le deíïus, 8c q liesens cçla il courroit risque de sa propre vie, aiant en tête un Print eauíli ambitieux que Maílìniíse. Tychée se rendit à ces raisons, &vint joindre Annibal avec deux mille chevaux.

Scipion aiant pourvu à la sûreté de sa ilote 6c lai fie Bœbius pour ^commander, se mit en marche pour se rendre maître des villes, & 1n’attendit plus qu’elles se rendiísent d’elles-mêmes , il y entra par sot"ce, fit paíser tous les habitans sous le joug, 6c sit éclater tout le reysentimenc dont il étoit animé contre la perfidie des Carthaginois. IJ