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aussitôt, ne doit jamais attendre que l’on vienne à lui; il doit tirer sa résolution duprésent par la considération de l’avenir, qui ne nous fournit que des idées- tristes &désagréables: un coup d’éclat est Tunique remède qu’on puisse employer dans cessortes de conjonctures.
_ Lorfqu’en se hâtant trop, il y a lieu de craindre que Ton ne tombe dans un étatpire que celui où Ton est, on peut espérer de se tirer d’un mauvais pas parles secoursqui peuvent nous arriver ou que nous attendons : mais lorsqu’il n’y a rien à espérerde ce côté-là, & qu’il n’y a plus de tems à perdre, il faut sauter par dessus toutes lesconsidérations de périls & d’obstacles, quelques grands & insurmontables qu ils nousparodient. Dans les affaires extrêmes & pressantes on ne doit pas s’attacher à Téxacti-tude des régies de la prudence , il faut au contraire pousser la résolution au delà desbornes de la hardieílè. Une folle audace dans ces fortes de cas n’est pas une petite ía-gefiê. Je ne veux pourtant pas inférer de là qu’il ne faille pas faire une différence en-tre le possible & l’impossible. En un mot (car on ne fauroit trop prêcher ceci ) ilfaut donner tout à la fortune, fe résoudre à tout ce qui en pourra arriver, lorfqu’ilE y a rien de mieux à faire & qu’on ne voit qu’un instant entre le mal & le pire.
Telle étoit la conjoncture où se trouvoit le Général Romain, telle aussi fut sa con-duite. Belle leçon pour les gens de guerre & leçon bien rare dans la pratique ! L’His-toire, si féconde en événemens parallèles, nous offre une infinité d’éxemples de Géné-raux engagés dans ces fortes d’affaires : mais en voit-on beaucoup à qui la tête n’aitPas tourné, & qui n'aient bien vû le mal fans aucun autre remède que celui d’unquiétisme lâche & honteux ? Ces fortes de gens fe rencontrent à chaque pas que Tonfait. hiais au contraire il s’en trouve tres-peu qui aient pensé comme Claudius. Lesâmes frappées à un coin si particulier sont d’une très-grande rareté, quoiqu’il s’entrouve par-ei par-là & de loin à loin. Ces sortes d’intelligences militaires voient de lafacilité dans les desseins qui semblent insurmontables à la témérité la plus audacieuse,mais ignorante, & qui voit le mal, fans voir le moien de s’en tirer. (Test encore
Une très-grande rareté de trouver des hommes, qui après s’être déterminés à l’éxécu-tion d’une entreprise hardie & néceíïïúre, n’aient pas changé de résolution, & nel’aicnt pas abandonnée par la grandeur des obstacles, ou par trop de considération desforces de Tennemi, ou par les mauvais conseils de ceux qui ne font pas responsablesde la mauvaise conduite de leur Général.
Dans les entreprises nécefiâires & indispensables on ne consulte point, on prend farésolution de la chose même, après cela on avise aux moiens de Téxécution; car quivoudroit s’arrêter à tous les obstacles qui fe présentent, ne feroit ni n’éxécuteroit ja-mais rien. (Test le défaut ordinaire des esprits trop fins, quelquefois aussi des es-prits lourds & qui font lents à fe résoudre. Malheur à eux s’ils consultent leurs sem-blables.
Je suppose ici un homme qui n’est rien de tout cela; mais hardi & serine. Quelleest la conduite qu’il doit tenir dans un destein de cette nature ? Ce qui lui importe lemoins de savoir est sans doute le nombre des forces des ennemis, puisqu’il ne s’agitpas de demander combien ils sont, quelque soible que Ton soit ; mais seulement ouîls sont, la position de leurs pestes, & les différentes routes qui peuvent nous y con-duire. II ne s’agit pas seulement qu’on nous les indique, car ce n’est rien voir que devoir par les yeux d’autrui. II y a des choses, dit quelque part Tite-Livc, fur les-quelles on ne peut prendre de résolution certaine, si on ne les examine soi-même, exfi 1 on ne se transporte sur les lieux pour voir de plus près ce qu’il y a à faive. Danstous les combats, dit Tacite, il faut commencer à vaincre parles yeux. Quoiquewans ces sortes d’entreprises ie chemin pour aller à Tennemi nc soit pas fort long, il
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