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Tome premier.
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L I V R E I C H A P. II. zr

des Carthaginois en Sicile. Car on auroit peine à en trouver une quiait été plus longue, à laquelle on se soit préparé avec plus de soin, oùles exploits se soient suivis de plus près, où les combats aient été enplus grand nombre, où il se soit passé de plus grandes choses. Com-me les coutumes de ces deux Etats étoient alors fort íìmples, leursrichesses médiocres, & leurs forces égales, c'eít par cette guerreplutôt que par celles qui font suivie, que l'on peut bien juger de laconstitution particulière de ces deux Républiques.

. Une autre raison encore m’a engagé à un plus long détail fur cette jugerguerre, c’eft que Philinus & Fabius qui passent pour en avoir parlé l e q U e e nt p0Nplus savamment, ne nous ont pas rapporté les choses avec autant dt ^ p 0 i y .fidélité qu’ils dévoient. Je ne crois pas qu'ils aient voulu mentir, leursbe deniœurs, & lasecte qu'ils professoient les met à couvert de ce soupçon. Maisfi me semble (a) qu’il leur est arrivé ce qui arrive d’ordinaire aux amans a bius.f égard de leurs maîtresses. Le premier, suivant f inclination qu'il avoitpour les Carthaginois, leur fait honneur d’une sagesse,d’une prudence& d’un courage qui ne se démentent jamais, & représente les Romains

O) Qu'il kur est arrivé ce qui arrive aux a*tnans à l’égard de leurs maîtresses. ] Notre Au-teur entreprend id Philinus & Fabius fur la liber-té qu’ils se sont donné d’ajoûter beaucoup dechoses de leur invention, & outre cela de mutiler,•stropier & fracasser pour ainsi direla (ìmétrie&tordre des faits qu’ils rapportent. A ce que jeVois les anciens a voient leurs Limiers à Romecomme nous avons les nôtres en Hollande, gensqui font métier de fiater, de mentir & de fairetriompher les vaincus.

L’Histoire de Louis XJV. de Limiers est bienautrement parsemée de faits moitié Roman , moi-tié Histoire, que celles de Philinus L de Fabiusfur lesquels ’polybe tire fi fort. 11 n’use pas malfa poudre, nous n’userons pas beaucoup de la nô-tre fur un Historien qui ne vaut pas le coup.Voiez, s'il vousplaît, quelle hardiesse ! il fait assié-ger Leffingue qui n’est qu’à une lieue d’Ostende.c’est-à-dire à deux pas de 1 endroit oii il écrivoitson Histoire. 11 dit quel’armée des alliés contrela France en fit le liège, que la garnison se ren-dit sans aucune résistance & qu’elle fut faite pri-sonnière de guerre, selon la modedecetems-lá,que le Maréchal de Villars rétorqua fur eux deuxou trois campagnes après : ce siège est de íà faV°n. II ne lait pas quece furent e? François quiemportèrent ce poste i’insulte, que la garnison,qui étoit Angioise, fut faite prisonnière de guerre.&que P Auteur de cet ouvrage en eut îe gouverne-ment pour savoir sait prendre [Si Mr. de <À-™iers a fait cette faute dans son HHoireie Louisil a eu foin de la corriger dans la secondeLdition.]

fa bataille de Cassano du même Historien ga-2ett ier, dans le stile comme dans le faux, dt en-

core de fa façon. II est bon de l’avertir que leTe Deum que les Allemans firent chanter à Tre*ville, & dont Larreyfe moqué dans l’Histoire dece grand Roi, n’étoit pas fans doute pour remer-cier Dieu de leur victoire. 11 fut chanté à autreintention , & uniquement pour lui rendre grâcesde ce queiaplus grande partie denos forces,quiétoit à Rivalta, n’avoit pas marché à notre se-cours , & n’étoit pas tombée fur leurs derrières.Qui peut douter que les ennemis n’eussent passéfous le joug, pour parler à la façon -des anciens,s’ils se fussent un peu plus obstinés: mais labataille aiant été terminée en deux ou trois heu-res, le Grand-Prieur de France n’eut peut-êtrepas, le tems de profiter d’une si belle occasion.N’est-ce pas un très-giand sujet de louer Dieu,de s’être retirés d’un pas fi dangereux, & d’enavoir été-quittes pour la perte du champ de ba-taille , pour des morts & des blessés, dont la ter-re étoit toute jonchée & de presque tous les Gé-néraux. Si Philinus & Fabius estropient & mu-tilent les faits, du moins ils ne les supprimentpoint, lorsqu’ils ne sont pas à l’avantage de leursHéros: mais notre homme n’en fait non plusmention que d’un non avenu. Ne pourrions-nous pas demander à ce grand Historien. où il alaissé l'attaquede la CassinedeMoicoiini, ouj’é-toisfaction très-vioiente, très-ineurtriére&oùlePrince Eugène étoit en personne? nous fumesforcés à la vérité; mais un cellier & un poulail-ler tinrent bon. Nous tûmes secourus après uncombat qui dura toute la nuit, ou pour mieuxdire nous ne le fûmes p a-, les Impériaux s en dé-goûtèrent & nous laisièrent-Jà, après avoir perdivplus de 14CO. hommes.