UVRE I. CHAP. III. 3?
ên fuite, & tombant íur les éléphans & fur les rangs qui étoit der-rière elles, jettérent le trouble & la confusion dans toute Tannée desCarthaginois. Elle plia de toutes parts, il en resta une grande partiesur le champ de bataille, quelques-uns fe sauvèrent à Héraclée, la .plu-part des éléphans & tout le bagage demeurèrent aux Romains. La nuitvenue, on étoit si content d’avoir vaincu & en même tems si fatigué,que Ton ne pensa presque point à se tenir sur ses gardés. Annibal nefe voiant plus de ressource, profita de cette négligence pour faire undernier effort. Au milieu de la nuit il sortit d’Agrigente avec les trou-pes étrangères ; combla les lignes de grosses nates & reconduisit sonarmée à la ville, sans que les Romains s’aperçuíTent de rien. A lapointe du jour ceux-ci ouvrant enfin les yeux, ne donnèrent d'abordque légèrement fur Tarriere-garde d’Annibal, mais peu après ils Ton-dent tous aux portes; n’y trouvant rien qui les arrête, ils se jettentdans la ville, la mettent au pillage, font quantité de prisonniers & unriche butin.
OBSERVATIONS.
Sur le blocus d’Jgrigente , far la bataille qui fut donnée entre lesarmées Romaines b Carthaginoises.
§- I.
Fautes à la guerre te plus souvent dangereuses , quelquefois salutaires. Exemple tiré dela conduite des Romains & des Carthaginois dans le'siège d'Agrìgente.
T Outes les fautes font grandes & capitales à la guerre, il n’en fut jamais de peti-tes. Un rien, la moindre inadvertance produit quelquefois de grands évene-mens, aufquels on n’auroit jamais pensé. Une petite faute en amène une grande, celava toujours en augmentant en empirant. Si Ton n’a pas l’efprit & la capacité deprévenir les conséquences qui naiflènt des moindres fautes, & d’y remédier, elles pro-duiront une queue ou une chaîne d’autres fautes, dont on ne volt jamais le bout quePar la ruine des errants.
II arrive quelquefois le contraire. Les bévûes les plus grossières & les plus lourdesfont naître des événemens extraordinaires, qui nous inspirent des deíîèins&des entre-prises qui ne nous feroient jamais venues dans Tefprit,fi nos fautes n’en avoient été lacause ou l’occasion. Ceux qui sont les témoins de notre conduite, voient après sévè-rement & avec surprise, que notre salut, notre gloire & nos conquêtes, dépendoientiniquement de ces fautes, qu’elles étoient la source de notre bonheur, & qu? nousft °us fussions perdus, fi nous n’avions pas vû le moment de Têtre. Ces choses arri-fêm souvent aux hommes d’Etat, aux grands Généraux, aux hommes fermes & réfo-Us > aux bons esprits, aux gens de grand cœur, & non aux fors & aux ignorans, qui