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Tome premier.
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B HISTOIRE DE POT Y BE,

après avoir bronché aux premières démarches, ne se relèvent plus, à moins que léhazard ou la sottise des autres ne les tire d’embarras.

Les Romains qui donnèrent tout au hazard, tout à la fortune dans l’affaire deMessine, se voient dans une situation presque semblable devant Agrigente & dans undanger désespérant. Ils ont besoin de toutes leurs vertus pour s’en démêler. Le malest d’autant plus triste & plus fâcheux, qu’il arrive plus tard, & après de grandespertes & des travaux infinis: mais pour n'avoir pas désespéré, ils s’en tirent par celaseul ; voiez je vous prie ce que c’est que leur étoile. La prise d’Erbesiè,oùils avoienttous leurs magasins pour la subsistance de leurs troupes, leur fut favorable. Quel mal-heur d abord! quel bonheur après! Leur négligence à munir leur camp, lorsqu’ils enavoient le tems, fait changer de dessein à Hannon qui venoit de leur couper les vivrespar la prise d’Erbeslè. Ce Général, qui les tient enfermés entre les assiégés & lui,songe à les faire périr de faim & de misère. Le coup lui paroît certain, il l’étoit enéffet : mais quel dût être l’étonncmenr de ce Général, lorlqu’il apprit que les assiégésn’étoient ni moins misérables ni moins pressés de la famine que les assiégeans?

S’il les eût attaqués fans marchander, fans leur donner le tems de se reconnoître,leur perte étoit inévitable & leurs précautions inutiles. On fait la guerre facilement,dit Tite-Live, contre des ennemis qui n’ont d’espérance que dans leurs postes. Laprudence & les maximes de la guerre vouloient qu’il ne le fît point. On ne met pasles affaires en risque contre un ennemi qui va se ruiner, & surtout lorsqu’on ignoreTétât fâcheux des assiégés; cependánt cette prudence, ces mesures fi justes & si bienconcertées, qui euílènt dû le rendre victorieux de ses ennemis, le perdent; &Fim-prudence de ces mêmes ennemis, leur mauvaise conduite les sauve. Chose singulière 1Les sautes de l’un rétablisiènt ses affaires, & la bonne conduite de l’autre perd lessiennes. • ' ' . • L

Jamais les Romains ne se trouvèrent si embarassés que dans cette entreprise d’Agri-gente. On ne sauroit pourtant les accuser de s’y être embarqués témérairement &fans aucune espérance de réussir , après la prise d’Erbeíse : mais seulement d’avoir né-gligé de munir leur camp & d’y transporter leurs préparatifs de guerre & de subsistan-ce. Leur opiniâtreté & leur constance à ne point démordre de leur premier dessein.,sont sens doute louables; il y alloit de leur honneur & de celui de la République d’ypersévérer constamment,.surtout dès Feutrée d’une guerre, dont les suites dépendentpresque toujours des commencemens : Incœptis eventus pares reâàuntur , dit Tite-Liveaprès mon Auteur.

Je ne vois rien de plus admirable que cette résolution de Posthumius : mais je trouvequelque chose de plus que de la constance & de la patience dans toute fa conduite. J’yremarque toutes les vertus qui forment les véritables guerriers. Le courage produit sepatience & constamment il en est la source : mais il n arrive pas toujours que ces deuXvertus soient accompagnées de toutes les autres qui nous portent aux résolutions lesplus extraordinaires, c’est-a-dire a celles que la témérité la plus audacieuse regardecomme impraticables. Le courage & la patience ne menent pas loin, fi l’on manquede cette capacité qui s’obsetve dans les grands hommes. C’est cette capacité qui votéde loin les événemens, qui les prépare elle-même par un plan de conduite, & qui sesmene à leur but par le moien des conséquences, qui naissent nécesiairement de cetteconduite,. laquelle détermine celle de Fennemi, & donne des espérances certaines dusuccès des entreprises. II faut bien posséder la guerre pour aller ainsi de conséquenceen conséquence, & par des routes si profondes & si fines au succès entier d’une cam-pagne. Peu de gens sont capables de pénétrer ces sortes de mìsteres, & de juger dessttires par ses commencemens.