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Pour bien Juger des actions des hommes il n’y a qu’à les éxaminer dans leurs princi-pes. Les Romains tiennent bon malgré l’extrémité où ils se trouvent, & l es mauxqui les accablent. Ils les supportent constamment. S’engage-t-on dans des partis stextrêmes, s’ils ne font l’objet d’un grand dessein, & s’il n’y a plus à perdre en í’aban-donnant qu’en mettant tout en risque pour le suivre, ou si l’on n’est moralement sûrstu’il réussira en observant une telle conduite ? Mais au travers de mille périls, & de misè-res fans nombre, il est de la prudence de préférer ce parti à tout autre,qui sauverait àà vérité le Général Romain, mais non pas fa réputation & la gloire de fa patrie. IIaime mieux risquer le tout pour avoir le tout, & il fait bien dans ces sortes de con-jonctures. Consultez ceux qui ne voient les maximes que d’un seul côté, qui n’enlavent pas faire supplication, ils vous répondront qu’il fit fort mal & que cette résolu-tion des Romains est folle & insensée, & cependant rien de plus sage & de plus rai-sonnable- Qu’en arrive-t-il? La prise d’Erbesíè qui coupe les vivres aux Romains ,fait que le Général Carthaginois change tout l’état de la guerre, & prend des messiresdifférentes de celles qu’il s’étoit résolu de suivre pour la délivrance de la place. L’oc-dafion étoit belle, il s’en désaifit. Les Romains étoient perdus, s’il ne les eût crusPerdus. Sur cette opinion il néglige de les attaquer, avant qu’ils aient pris les précau-tions que l’événement d’Erbeíle les oblige de prendre. Attente-t-on contre une arméequi court à fa ruine,& à qui il ne reste d’autre reílòuree pour l’éviter, que celle dek retraite &ssie tout abandonner?
Hannon ne volt rien au delà de la situation & des embarras du Général Romain,que la reílòuree que je viens de dire, ou qu’une résolution déterminée & furieuse dee perdre, lui & toute son armée. II le croit en démence s’il ne prend le seul partistu il s’imagine qu’il doit prendre, parce qu’il ne croit pas qu’il y ait rien au delà de
qu’il pense lui-même. C’est í’ordinaire des genies.& des courages au desiòus duuiédiocre & peu féconds en expédions, de croire que tout ce qui est hors des bornesétroites de leur esprit, ne peut être conçu mi exécuté par aucun autre.
§. II.
Parallèle de V'affaire d'Agrlgente & de celle de Denatn. Imprudence des Alliés.
Belle manœuvre du Maréchal de Villars.
N Ous avons vû de nos jours par rapport à l’affaire d’Agrigente un fait presquesemblable dans ses circonstances les plus capitales,& qui aíssire une gloire im-mortelle au Maréchal de Villars. On comprend bien que je veux parler de l’entrepriseiur le camp de Denain, qui est l’omement & la couronne de ce Général. Quand 31w auroit aucune autre action que celle-ci, il seroit immortalisé ; il mériteroit de mon-^r au rang & au grade des Capitaines les plus célébrés, & de ceux auprès desquels'kylla se plaçoit.
La France ne touchoit-elle pas aux derniers périls fur lasin de la guerre de 1701.?v 1 auroit-on pas juré que la prise de Landrecy alloit décider de sa ruine & de sa déca-dence? N’eût-on pas porté le même jugement de celle des Romains après l'infortunee Cannes ? Comme si la Providence eût voulu faire voir au monde par leurs disgrâcesP ar !es nôtres, que la vertu courageuse & constante dans les approches des maux lesP us accablans, loin de tomber dans le désespoir, tire au contraire ses forces & unenouvelle vigueur de ses pertes & de ses blessures.