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Tome premier.
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HISTOIRE DE POLYBE,

Per damna , par cœdes ab ipfoDucît opes animumque ferro.

Nos ennemis réprouvèrent à l’affaire de Denain ; elle est si remarquable, que j’airegret de ne pouvoir l’insérer ici dans toute son étendue: jenem’y arrêterai doncpas, mais seulement à certaines circonstances que nous accompagnerons de quelques re-marques que rinstruction demande. Elles me paroiíTent si utiles, que j’efpére queles gens du métier, comme les autres, m’en sauront quelque gré après les avoirlues.

Les Alliés ouvrirent la campagne avec un appareil de guerre tout à fait extraordinai-re : cela étoit fort prudent: on ne va pas fort loin fur le chemin d’unecapitale,quel-que applani qu’il puislè être, si les préparatifs ne font conformes à la grandeur de l’en-treprife. Après la prise du Quesnoy, ils investiíîènt Landrecy, (ils n’avoient que cèpas à faire pour pénétrer la France) qui étoit une affaire de peu de jours avec des for-ces si formidables. Les gens éclairés croioient même cette bicoque plus bicoquequ’elle n’étoit en effet, en faisant abstraction de fes remparts & de ses ouvrages.

Un deíîèin auíïï grand que celui qu’iîs avoient demandoit des mesures, des précau-tions prises de loin & une extrême défiance contre les entreprises hardies. D’un autrecôté notre Général fentoit bien que l'extrême prudence, si à la mode dans nos arméesen ce tems-là par les infortunes précédentes, étoit dangereuse dans la situation où il fstrouvoit, & qu’un coup de nécessité pouvoit seul le tirer d'intrigue; mais les ennemisl’en dispensèrent pour avoir négligé cette maxime, .que la prévoiance contre lesacci-dens, qui fe présentent naturellement à l’efprit, est le fondement des grandes entreprî-tes. Villars profite de cette négligence, il pense à leur couper les vivres. L’idée decette entreprise ne pouvoit venir que d’un homme de beaucoup d’efprit, d’un grand sens,& qui ajoûtoit à tout cela une grande connoisiànce du pais. Cet homme muni d’unesi grande pensée, ouvre cet avis à la Cour & le fortifie de tous les raifonnemens lesplus propres, pour en faire sentir l’importancè & la nécessité. La Cour l’approuve,&le Maréchal de Villars l’embraflè. II étoit trop habile pour le rejetter. Le projetétoit grand, & l’éxécution délicate, sujette à bien des obstacles & à de fâcheux in-conveniens. Le Maréchal les surmonte tous par son adreíîè & par des mesures si secrè-tes, si rusées, si fines, si justes, & fi bien concertées, que c’est un sujet d’admira-tion & un fond inépuisable d’instructions pour les gens de guerre.

Les Généraux ennemis ne fe doutèrent jamais de ce qu’on leur préparoit. Ils avoientétabli leurs magasins à Marchiennes environ à neuf lieues de leur siège. Les Romainsfirent une grande faute pour s’en être éloignés de cinq; mais comme nous devons lesregarder comme nos maîtres, il faut que nos sautes soient toujours plus gran-des de la moitié, Auroit-il plus coûté aux Alliés de transporter au Quesnoy csqu’ils avoient à Marchiennes, & M. le Prince Eugène n’avoit-il pas raison dele vouloir & de prestèr Messieurs les Députés des Etats de fe déterminer là-def-fhs ? Cet avis leur parut trop précautionné, & ne fentoit pas asièz le mépris de nosforces.

On fe contente d’une ligne de communication de Marchiennes à Denain,on la for-tifie avec beaucoup de négligence, & en embraílànt pour cela plus de terrain qu’il n’eneût fallu pour une armée de vingt mille hommes. On jette dans ce poste importantun corps de dix-huit à vingt bataillons, quelques escadrons,& un Général d’une très-petice considération en matière de guerre. Cette ligne 2 ,de Marchiennes à Denain 3 ;& de là vers leur armée, fut baptisée du nom d e grand chemin de Paris 4. Villars, q^ 1