LIVRE I. CHAP. III. 45
Il y avoit si peu de monde à Douai qu’on l’eût infailliblement emportée d’infulte,Lc par l’escalade, & en attaquant en même tems toutes les portes. A peine y avoit-ildu monde pour les garder. II falloit bloquer la place dès le jour même, pour empê-cher que rien n’y entrât, l’insulter deux heures avant le jour, & faire une infinitéd’attaques fausiès ou vraies ; il s’en feroit trouvé quelqu’une qui auroit fait le coup ;c’est ce qui arriva à l’efcalade de Modéne en i y o 7. Je puis en dire des nouvelles sû-res, j’y étois. II n’y avoit que deux bataillons, un dans la citadelle, & f autre dansla ville: le Général Wallìs nous accabla de tant de différentes attaques qu’il nous ré-duisit à rien: de forte que nous fûmes emportés en deux endroits, car toutes lesportes furent petardées en même tems. II s’en falloit pourtant bien que cetteplace ne fût d’une aussi grande garde que Douai.
Mais supposons que Douai ne fût pas infultable, on ne fauroit me nier que les au-tres places ne le fusiènt. II n’y avoit que deux bataillons à Lille, qu’on fit entrerdans la citadelle auffi-tôt après la nouvelle de Denain:il n’y avoit donc qu’à y courir& à s’y présenter. Tournai n’en avoit pas davantage, & l’on en usa comme à Lille:ajoutez qu’une partie des fossés de la ville éroient secs, aussi s’attendoit-on de nousy voir bientôt. Les bourgeois ne fouhaitoient rien davantage. II n’y avoit qu’unseul bataillon à Bethune, & un fossé sec du côté de la porte d’Arras, autant à Aire,cent hommes à Saint Venant; enfin toutes ces places étoient comme abandonnées.
Si l’on me dit que vingt mille hommes eussent à peine suffi pour l’infulte de tou-tes ces places tout en même tems, & que l’on fe fût extrêmement afloibli au campd’Anchin par une si grande diversion de ses forces, cette objection feroit peu digned’un homme du métier s’ii s’étoit trouvé fur les lieux ; & quand même il en feroità cent lieues, supposés qu’il fût au fait de la position des deux armées, la carte dupais ne le mettroit-elle pas dans la route des raisonnemens & des con séquences? Nousétions trop avantageusement postés pour rien craindre. Car quand même l’on auroitdétaché la moitié de Tannée, & au-dela, jamais les ennemis n’cuíìènt osé tenter nientreprendre fur notre camp. Je me fuis assez expliqué la - dessus. Si Ton me ditque je ne raisonne qu’après l’événement, je répondrai que cela n’est pas vrai ; maisquand cela feroit vrai, on n’en peu: pas conclure que je raisonne mal : c’est toujoursautant de gagné pour notre instruction. Je pourrois pourtant prouver par les lettresdes Généraux, que j’avois prévu d’un peu loin tous les avantages que Ton pouvoittirer de cette entreprise.
Quand même on auroit détaché trente mille hommes de nos forces, on n’eût pasmoins pris Marchiennes & nétoié tous les postes, pris les magasins de vivres & demunitions de guerre établis imprudemment fur la Scarpe, parce qu’ils fe trouvoientfur nos derrières ou à notre flanc, & à deux pas de nous. Les François ne s’enrendirent-ils pas d’abord les maîtres? Marchiennes n’étoit pas un obstacle contre ledessein que je propofois, & ce dessein ne demandoit aucun des préparatifs qui éloi-gnent les entreprises importantes ou difficiles dans T éxecution : peut-être eût-on man-qué de pétards, dont la mode est passée, mais dont on ne doit être jamais dégarnidans les places frontières. On n'ignore pas que les échelles fe trouvent partout ; quesi Tonne vouloir pas fe rendre maître de Lille & de Tournai ,à cause des citadelles,tout au moins étoit-011 assuré d’emporter d’inlultc Douai, Bethune, Aire & Saint Ve-nant , entièrement dégarnies.
f Au reste tout ce que je dis ici ne tire pas à conséquence contre la capacité du Ma-réchal de Villars. II ne craint point les délateurs de ce côtc-là : il a donné des^mar-stues trop visibles de ce qu’il vaut ; mais ni lui ni aucun Capitaine du monde n en adonné d’infaiilibilité. Il lui suffit qu’il soit marqué au coin des grands hommes,
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