4.6 HISTOIRE DE POLY B E,
•qu’il en ait eu un autre en tête, qui ne lui cédoit ni en habileté ni en intelligence.On ne doit pas être surpris s’il n’a pas jugé k propos de poustèr plus loin les avanta-ges qu’il scmbloit pouvoir tirer du premier. Un retour de fortune ranime, il estvrai, les courages rebutés par les infortunes précédentes; mais il n’efface pas d abordde l’imagination les traces & le souvenir des malheurs passés. On se défie dé cettefortune & de tés caprices. On craint perpétuellement, par la connoillànce que l’ona de l’état de ses affaires, du tems & des lieux, que l’ennemi ne prenne une réso-lution déterminée, que nous prendrions nous-mêmes si nous étions en fa place ; par-ce que nous pensons mieux quç lui. On agit avec beaucoup moins de circonspec-tion après un coup d’cclat & d’intelligence ; mais il nous en reste encore assez pourne point entreprendre ce que nous voudrions bien. Voilà ce qui nous tient encoreflotantS fur l’éxécution des grandes entreprises, qui semblent devoir être une suitenéccíìàire de là première. Tout ceci peut être regardé comme une critique de for-tune à l’égard d’un grand Capitaine, à qui elle présente les occasions. Je ne prétendspas dire que ce qu’a fait M. de Villars soit peu de chose en comparaison de ce qu’ilauroit pû faire; puisque ce qu’il a fait est très-grand, & que je ne fuis pas assuréqu’il eut pû entreprendre au-delà.
La lettre que le Maréchal me sic l’honneur de m’écrire fur ma proposition, com-me celle du Comte son frere, qui mourut peu de jours après, me fit asièz connoî-tre qu’on raisonnoit fur ce que les ennemis pouvoient faire pour rompre les mesure»que demandoit l’éxécution de ce que je proposois. On crut que leur retraite seroicplus prompte qu’elle ne fut ; mais je croi que cette retraite ne pouvoit être un obsta-cle à l’infulte des places de Bethune, d’Aire, Saint Venant & de Douai, comme ilme semble lavoir dit. Peut-être n’ai-je pas raisonné conséquemment dans ces ré-flexions fur Denain : & que je n’ai pas pris garde à cette maxime fi connue, que laraison a diverses faces, & qu’elles ne se présentent pas toutes du même côté à diver-ses sortes d’cíprits, & fur tout 'a ceux qui ne sont pas initiés au secret des affaires.On me pardonnera, je m’afTure, la longueur de ces réfléxions; car outre qu'ellesappartiennent de droit à ce discours fur Agrigcnte, la matière m’a paru si neuve, flintcreíìante, & si pleine d’instructions, que j’ai cru ne devoir point me piquer débrièveté & de laconisme. Revenons.
§. IV.
Embarras réciproques âes Romains & des Carthaginois devant Agrigente. Importancede bien munir les places. Conduite que Von doit tenir quand ks munitions manquent.Faute commise au siège de Tournai.
C Ette hardiefîè de Posthumius de bloquer une ville qui renferme de si grandes for-ces dans ses murailles, si cependant ces forces étoient si grandes, car il pourroitfort bien se faire qu’il y eût soute au texte: cette hardiesse, dis - je, de bloquer uneville qui renferme une armée en dedans, pendant qu’on est soi-même bloqué èn de-hors , me paroit digne de son courage : car d’enfermer une place k couvert de bons re-tranchemcns, lorsqu on n’a rien k craindre en dehors; que les assiégés plus forts queceux qui les bloquent, sont asièz dépourvus de jugement & de hardiesiè pour se lais-ser brider; qu’ils manquent k mettre en œuvre tout ce que la supériorité ou i’égalitépeuvent nous inspirer de ferme òt de résolu, & qu’ils ne pensent pas a rendre inutilesles précautions ordinaires d’une armée qui bloque un plus sort que soi ; ces sortesd’éxemples oc font pas nouveaux, & il p’y a rien là de fort extraordinaire. Car coin-