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Tome premier.
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LIVRE I. CHAP. IJI. #

ftse ost n’est pas étonné qu’un Gouverneur de place se défende longtems & glorieuse-ment avec deux ou trois mille hommes, contre une armée formidable, on doit millefois moins Pâtre si Passiégeant plus foible que Paffiégé éléve une nouvelle place autourde Pauíre, & qu’il Penchasse comme dans un étui. Ils se trouvent tous les deux enmêmes termes, avec cette différence, que celui qui s’est fi bien précautionné contreles entreprises de ceux de la place, n’a rien à craindre de la disette ,s’il n’est bloquélui-même, cqmme il arriva aux Romains devant Agrigente,

Le Comte de Harcourt éprouva pareille avanture au siège de Turin, qu’il tournaen blocus en 1640. car pour avoir négligé de pourvoir son camp,il se vit à la veillede mourir de faim. Cet événement est un des plus extraordinaires qu’on ait vu de-puis longtems. Le Prince Thomas s’étoit rendu maître de la ville, & ne Pétant pa«Kde la citadelle, il se mit dans la tête de Paffiéger. M. de Harcourt vint au secours,& assiégea le Prince Thomas. Les Espagnols commandés par Leganés, accourentau secours de celui-ci. Les assiégés comme les assiégeans, se trouvent dans une égaledisette: mais comme le Général Harcourt supporta ses maux avec une constance quill’a guére d’éxemples depuis les Romains ; il eut le même bonheur, la ville fut obli-gée de capituler faute de vivres, & Leganés de fe retirer faute de conduite & de fer-meté; car il faut lui rendre cette justice qu’il manqua de Pune, & qu’il ne mar-qua pas beaucoup de l’autre.

Voilà des fautes d’imprudence bien remarquables dans les deux éxemples que je viens,de citer. Ne sont-ce pas les mêmes que celles des Romains & des Carthaginois? Lespremiers établissent leurs magasins à cinq lieues de leur siège, avec la plus grande sécu-rité du monde, comme si leurs ennemis n’avoient pas le sens commun. Ceux-ci re-marquent cette faute; ils en profitent, leur enlèvent leur Denain & leur coupent lesvivres. Le Général Harcourt, un des plus grands hommes de son siécle, tire sesvivres de Suze ; c’est en être bien éloigné. II avoit le tems de se précautionner contrela faim, & de bien munir son camp; il le néglige, Leganés arrive, qui le réduit3 l’extrémiré; mais il trouve à qui parler. II trouve un autre Consul Romain, qui neVoit' aucun milieu entre mourir de faim & soutenir l’on entreprise. II fait voir sonCourage & sa patience, mais en même tems fa faute,que l’événcment fait oublier &tourne à fa plus grande gloire; mais celle des Alliés contre nous est une de celles furlesquelles le Sophiste le plus subtil ne sauroit chicaner le terrain. II faut passer con-damnation.

Hannon n’en est éxemt non plus, mais son heure n’est pas venue ; car 11 scroitinjuste de le charger des iniquités du Sénat de Carthage, qui eut toujours le définitde fournir le plus petitement qu’il pouvoit aux dépenses les plus capitales de la guer-re. Un éffort de finance l’épouvantoit; & lorsque la nécessité l’y obligeoit, ces fup-plémens arrivoient si tard, qu’ils devenoient inutiles; c’est ce oui contribua le plus3 fa perte. Agrigente en est une assez bonne preuve, fans parler de la seconde guerrePunique. O11 munit si mal cette place qu’elle succomba par cela seul, & cela seulrompit les mesures de Hannon, & produisit enfin fa perte.

Qu’on fasse bien attention à ce que je vais dire. La plupart des places les plus im-portantes, ne se perdent ordinairement que par le défaut de subsistance. On se contentede les fournir pour trois ou quatre mois. Peu de vivres, encore moins de munitionsde guerre, & beaucoup moins d’argent, fans songer qu’elles peuvent être bloquées,011 tenir fort longtems. Un Gouverneur qui n’est pas d’humeur à s’ennuier, & quiVeut faire son devoir, peut tenir plus de six mois;& souvent Passiégeant rebuté voianen’avance point, ou que Pennemi Pinquiéte au dehors, tourne l’on siège en blocus.fi’est pas ajj'ez de fortifier les places , & de les munir feulement pont' le tems qiiel-