54 HISTOIRE DE POLYBE;
se mieux connoîtrë, se résolut de le bloquer dans cette place : le plus difficile ctÔíide lui ôter toute ressource du côté de la mer; il songe à boucher Feutrée du portpar une jettée à Fendroit le moins profond, & de fermer le reste par une eítacade.Pompée qui vit que l’ouvrage avançoit beaucoup, craignit le sort d’Alexia, & très-astûrément cette avanture lui passi par la tête- II commença à pensera sa retraite;Mais pour s’empêcher d’être forcé, fur l’heure de son embarquement,// fit boucher,dit César, les portes de la ville , & les avenues des places & des carrefours , & prati-quer dam les rues de grandes coupures garnies de pieux par dedans, & de bâtons brûléspar le bout,& couvertes de claies avec un peu de terre pardessus. II ferma auffìles ave-nues de arofj'es pièces de bois , en forme de palissades ;& lorsque tout fut fait , // embar-qua fans bruit fes soldats , après avoir disposé quelques gens de trait le long des murs,avec ordre dlen partir au premier signal, & pour cet effet ïl leur laissa des chaloupes.L’assaire réussit comme il le Fétoit proposé ; il embarqua ses troupes, & mit toutaussi-tôt à la voile. Toutes les mesures qu’il prit pour cette retraite, sont d’un hom-me sage & avisé, mais non pas tant qu’on dîroit bien dans une guerre civile, oùchacun prend le parti qu’il lui plaît, & en change fans honte ; car par ces précau-tions il étoit aisé de connoîtrë le dellëin qu’il avoit en tête, & ce fut un miracle queCésar n’en sut pas averti, & un autre que la mer ne lui fut pas contraire. Finissonspar un autre éxemple, & descendons jusqu’au tems où nous vivons, c’est-à-dire jus-qu’à la guerre de 1701.
Lc Comte de Thungen aiant assiégé Haguenau sur la fin de la campagne de 1705.Péri, Maréchal de Camp, défendoit cette place. II ne fut pas longtems fans jurercontre la coutume établie pendant tout le cours de cette guerre, de laisièr assiéger &prendre les places fans les secourir. Ce Général, après sept jours de tranchée ouverte,le vit bientôt réduit à l’extrémîté : du moins il en sentit les approches; il demanda àcapituler, & à sortir de la place avec tous les honneurs de la guerre. L’ennemi ne setrouvant pas d’humeur à lui accorder fes demandes, & le voulant prisonnier de guer-re , aussi-bien que la garnison, & Péri ne s’accommodant pas de ces conditions, onrecommença à tirer. Ce feu ne pouvoit pas durer long-tems ; la brèche devenant deplus en plus praticable, il étoit visible qu’il faudroit bientôt subir les conditions duvainqueur. Le Gouverneur ne savoit où donner de la tête, ni quel conseil prendre.Un Officier de la garnison, qui connoisiòit parfaitement le pais, se mit en tête de letirer d’embarras par une voie extraordinaire, & il en vint à bout. J’ai un avis k vousproposer, lui dit-il, c’est à vous, Monsieur, à le prendre ou à le rejetter; mais dansl’extrcmké où vous vous trouvez, je n’en vois aucun autre plus honnête. Nous som-mes investis, mais non pas tellement bridés du côté des marais, qui interrompent lacirconvalîation, que vous ne puissiez vous sauver sûrement & sans péril avec toutevotre garnison, en forçant la chaussée du côté de Saverne, tout chemin faisant : caroutre qu’elle est mal gardée, il n’y a pas d’apparence que l’ennemi puisse se douterde rien. J’ai examiné toutes choies, il ne s’agit que de Féxécution, & dans cetteaffaire vous n’avez pas un moment à perdre pour vous sauver avec honneur, ou pourvous rendre avec honte, & ce n’est pas là votre intention.
Péri, ravi de trouver un homme qui lui ouvre un expédient capable de le délivrer -des embarras où il se voit, Fécoute avec joie; il le trouve plein de raison, & .em-brasse une occasion si favorable; il renvoie F Officier, & lui demande un secret m-,violabie; il médite sur Féxécution de cette entreprise, & la trouve aisée ; il assemble'sur le champ le Conseil de guerre, chose aílèz inutile, puiíqu’il n’avoit nulle enviede proposer ce qu’il avoit intention de faire, soit qu’il fit cette démarche pour ren-dre son secret plus impénétrable, ou qu’il voulût donner une plus grande idée de so st