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Tome premier.
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LIVRE L CHAP. IV. §5

^accident qui étoit arrivé à Cornélius, ils envolèrent à C Duillius, quicommandoit Farinée de terre , & l’attendirent. Sur le bruit que la flottedes ennemis n’étoit pas loin, ils se disposèrent à un combat naval. Maiscomme leurs vaisseaux étoient mal construits, & d’une extrême pesan-teur, quelqu’un suggéra qu’il falloit se servir (a) de ce qui sut depuisce tems-là appellé des corbeaux. Voici ce que c’ètoit.

Une piece de bois ronde, longue de quatre aunes, grosse de troispalmes de diamètre, étoit plantée fur la prouë du navire : au haut de lapoutre étoit une poulie; & autour, une échelle clouée à des planchesde quatre pieds de largeur, fur íix aunes de longueur, dont on avoitfait un plancher percé au milieu d’un trou oblong, qui embrassoit laPoutre à deux aunes de Péchelle. Des deux côtés de Féchelle fur lalongueur, on avoit attaché un garde-fou qui couvroit jusqu’aux genoux.

H y avoit au bout du mat une eípéce de pilon de fer pointu, au hautduquel étoit un anneau; de sorte que toute cette machine paroissoítsemblable à celles dont on se sert pour faire la farine. Dans cet anneaupassoit une corde, avec laquelle, par le moien de la poulie qui étoitau haut de la poutre, on élevoit les corbeaux lorsque les vaisseaux s’ap-prochoient, & on les jettoit fur les vaisseaux ennemis, tantôt du côtéde la prouë, tantôt fur les côtés félonies différentes rencontres. Quandles corbeaux accrochoient un navire, fi les deux étoient joints par leurscôtés, les Romains sautoient dans le vaisseau ennemi d’un bout à l’au-tre; s’ils n’étoient joints que par la prouë, ils avançoient deux â deuxau travers du corbeau. Les premiers se défendoient avec leurs boucliersdes coups qu’on leur portoit en devant ; & les suivans pour parer lescoups portés de côté, appuioient leurs boucliers fur le garde-fou.

Après s’être ainfi préparé, on n’attendoit plus que le tems de com-battre.

* Aussi-tôt que Duillius eût appris Péchec que Farinée navale avoit reçu, Bata; , l9laissant aux Tribuns le commandement de Tannée de terre, il alla de Myie.joindre la flotte: & fur la nouvelle que les ennemis faisoient le dégâtsur les terres de Myle, il la fit avancer toute de ce côté-là. A rappro-che des Romains, les Carthaginois mettent avec joie leurs cent trentepaisseaux à la voile : insultant presque au peu d’expérience des Romains,ûs tournent tous la prouë vers eux, fans daigner feulement íè mettre enordre de bataille.- Ils alloient comme à un butin qui ne pou volt leuréchaper. Leur Chef étoit cet Annibal, qui de nuit s’étoit furtivementsauvé avec ses troupes de la ville d’Agrigente. 11 montoit une galère à%>t rangs de rames, qui avoit appartenu à Pyrrhus. D’abord les Car-

, 00 De ce qui fut depuis appelìè coïbcau. ] La‘teicription de ce corbeau, laquelle se trouve dans*° Us les manuscrits du Vatican, est fort diffé-cnte de celle-ci. On on voit une traduction^dne dans le Vegetìus de sédition de Plantin.

■tome 1,

Je m’étonne qu’on ait fi peu réussi dans la dé-couverte de cette machine. Le lecteur curieuxpeut en voir la figure & touc ce que j’ai pensésur les différens corbeaux des anciens, dans lesobservations suivantes.

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