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Tome premier.
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66 H I S T O I RE DE POLYBE,

thaginois furent fort surpris de voir au haut des prouës de chaqiîèvaisseau, un instrument de guerre auquel ils n’étoient pas accoûtumés,Ils ne laissèrent cependant pas Rapprocher de plus en plus, & leuravant-garde pleine de mépris pour les ennemis, commença la chargeavec beaucoup de vigueur; mais loríqu’on fut à sabordage, que lesvaisseaux furent accrochés les uns aux autres par les corbeaux, que lesRomains entrèrent au travers de cette machine dans les vaisseaux enne-mis , & qu’ils fe battirent fur leurs ponts ; ce fut alors comme un com-bat fur terre, une partie des Carthaginois fut taillée en pièces, lesautres effraiés mirent bas les armes. Ils perdirent dans ce premier choctrente vaisseaux & tout farmement. La galère Capitainesse fut aussi.prise, & Annibal au désespoir fut fort heureux de pouvoir fe sauverdans une chaloupe. Le reste de la flotte des Carthaginois faifoit voiledans le dessein d’attaquer les Romains ; mais lorfqu’ils virent de près ladéfaite de ceux qui les avoient précédés, ils fe tinrent à fécart & hors.de la portée des corbeaux. Cependant à la saveur de la légèreté deleurs bâti mens, ils avancèrent les uns vers les côtés, les autres vers lapoupe des vaisseaux ennemis, comptant fe battre par ce moien fanscourre aucun risque ; mais ne pouvant, de quelques côtés qu’ils tour-nassent, éviter cette machine, dont la nouveauté les épouvantoit, ilsfe retirèrent avec perte de cinquante vaisseaux, (a) Une journée íi heu-reuse redouble le courage & f ardeur des Romains. Ils fe jettent dans

Çíí) Une fournie Ji heureuse rêdoulle le courageU l'ardeur de-s Romains, ] Ceux qui ont souventété battus, ou qui par la perte de quelque com-bat, ou le souvenir de leur derniere disgrâce, sesont imaginé que leurs ennemis ont plus d’adref-se, d’habileté & d’expérince sur mer; ceux-làmêmes sentent redoubler leur courage, & pren-nent de nouvelles espérances, lorsqu’ìi leur arrivequelque bonheur ; à plus forte raison lorsqu’ilsremportent une victoire complette, auífi con-tinuent-i!s iaguerre avec plus de courage & de fier-té que ne font les vainqueurs. Cela paroìt encoreplus dans ceux qui ont éprouvé tous les maux d'ti-ne guerre très-malheureuse, & dont ils croient nepouvoir jamais se relever; un retour de fortune,lin changement si inespéré produit des effets fur-prenans, & remet toute la machine du cœur au-paravant démontée par la crainte de l’ennemi.Cela ne le remarque pas seulement dans les sol-dats , mais encore dans les peuples. La joie qu’ilsressentent d’un bonheur presque inattendu, lesporte naturellement à fournir pour la continua-tion de la guerre des moiens qu'on croioit taris..Une bataille perdue cause souvent !a même révo-lution, lorsque les soldats & leurs Généraux.ontcombattu avec tout le courage & l’intrépiditépoflìble. La bataille de Malplaquet quoique per-dus, peu s ea faut que je ne dise en apparence,

puisqu’òn abandonnasse champ de bataille sans as-cune nécessité, & qu’une heure de répit nous don-noit la victoire que l’ennemi pensoit à nous cé-der. Cette bataille, dis-je, eflrun bel exemple deceque je viens d’avancer. On nevit jamais dansles peuples plus d’empressement & d’ardeur àfournir dequoi réparer la perte que l’on avoiffaite dans cette célébré journée. •

Pour revenir aux Romains, certe victoire deDuillius leur éleva it fort le cœur ,& les remplis'de tant d’espérance, que ce Général obtînt deShonneurs aussi nouveaux que le fut son triomphe»car il fut le premier qui triomphât après une vie-toire navale,spectacle qu’on n’avoit pas encore v*dans Rome. On fit plus, on lui érigea une co-lonne rostrale, ainsi appellée, à cause des proue 5de navires dont on ornoit ces colonnes, autrenouveauté dans l’architecture.On déterra un m° r 'ceau de celle-ci vers. la fin du XVI, siécle.

Le triomphe ct la colonne ne parurent pas di-gnes d’une si grande victoire. On poussa plus l olí [ìa reconnoissance. Un triomphe nedurequ’u njournée, après cela l’on n’en parle plus, S l’°vouloir s’en souvenir tantqu’ií y auroitdes D ul 'lius de la race du premier. On fit un décréts'blte, qui dévoie passer à ses desaendans, p a f .quel on lui accordoit l’honneur de se faire condre à son logis auxlìambcaux ct au son des -